A.L.F. (Animal Liberation Front), de Jérôme Lescure

 

ALF est un film qui nous plonge dans la vie d’une poignée de personnages à un moment de leur vie. Ils sont activistes dans une association de protection animale. Nous sommes le soir de noël, et ils s’apprêtent à libérer des chiens destinés à la vivisection dans un laboratoire normand. Tout ne se passera pas comme prévu. Les animaux pourront être libérés, mais le chef de file de l’opération sera arrêté. Son crime ? Avoir outrepassé la loi pour des idées qui lui semblaient justes.

 Ce qui fait la force d’un mouvement réclamant la fin de l’exploitation animale, c’est la façon dont il fait passer son message : ni violence, ni insultes. Seulement des vérités qui dénoncent la souffrance et réclament l’apaisement. Dans ALF, le personnage principal dévie, le temps d’une action, de ce principe de base. L’arme n’est pas chargée, personne n’est tué, mais le fait de la pointer pour menacer fait passer l’activiste de l’autre côté, du côté de ceux qui enfreignent la loi.

 D’autres lois existent pourtant en ce qui concerne la protection des animaux, y compris dans les abattoirs : la bête doit être « étourdie » avant d’être saignée. Elle ne doit pas être consciente à ce moment de l’opération. Dans de nombreux cas pourtant, le rendement, le manque de personnel, de savoir-faire, ou de matériel en état d’usage prive l’animal de cette forme de grâce que la loi lui accorde : ne pas mourir en pleine conscience de son sang qui se répand. La loi n’est donc pas respectée. Aucune sanction n’est appliquée malgré tout.

 Que dire des poussins mâles nés des poules pondeuses, impropres à la consommation parce qu’ils ne sont pas poulets de chair, ils seront par définition inutiles, et donc broyés vivants. Que dire de ces cochons si petits parmi une belle portée qu’on entrevoit déjà leur difficulté à grossir jusqu’au point de rentabilité : ceux-là verront leur petit crâne explosé par une chaussure, ou projeté contre un mur. La loi n’autorise pas ces gestes dans le cadre privé. L’industrie est le cadre rêvé pour ces pratiques perpétrées pour « le bien de l’économie ».

 ALF pose le douloureux problème de cette frontière à ne pas dépasser. C’est, en somme, se battre en tentant de garder la loi de son côté contre un adversaire qui la bafoue tous les jours. Le film explore ce jeu de l’ange du militant pacifiste en montrant à quoi ressemble sa vie. Plus sensible que les autres, hanté par les images horribles de ce qu’on inflige aux animaux dans l’industrie de la fourrure, l’industrie agro-alimentaire, ou encore le domaine des cosmétiques, il est celui qui se bat avec ce poids des images sur les épaules, et au coeur l’espoir de sauver un maximum d’animaux.

 Le film propose une narration sous forme d’allers-retours entre la préparation et l’après action. Ainsi, les militants se préparent, tandis qu’on découvre les conséquences de cette action qu’on ne verra pas en détails. Un choix intéressant, qui met davantage l’accent sur les motivations et la volonté des militants que sur le moment de l’action même. ALF écarte ainsi d’emblée le risque de tomber dans le spectaculaire pour devenir plus introspectif, plus profond, et philosophique. Pour ceux qui auraient peur de le voir par crainte de tomber sur des images choquantes, rassurez-vous : tout est dosé de ce côté. C’est un film grand publique qui montre l’essentiel.

Servi par un scénario très soigné et des acteurs remarquables, ALF est un film aussi nécessaire qu’indispensable qui amènera le public à se poser des questions Ô combien nécessaires.

Un film disponible ici.

 

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.