Aimer, boire et chanter, de Alain Resnais – l’avis de François

En attendant Riley 

 Dans la campagne du Yorkshire, trois couples d’amis voient leur quotidien bouleversé quand un tiers proche se voit condamné. Ce dernier, George Riley, fascine autant qu’il agace, se mettant à séduire chacune des femmes en présence. Un dernier marivaudage avant le dernier voyage…

S’il y a bien un auteur éclectique dans le paysage cinématographique français c’est bien Alain Resnais. Sa récente disparition est bien là pour nous le rappeler. Capable de tourner aussi bien des comédies fantaisistes (On connaît la chanson), il bouleversa surtout le public avec son poignant Hiroshima, mon amour.

Avec Aimer, boire et chanter, il signe ici une comédie iconoclaste mais surtout un film testament avec l’expression courante « n’oublie pas que tu vas mourir » tant dans le récit que dans la réalité. Admirateur de Jean Renoir, Resnais signe à l’instar du maître une longue déclaration d’amour au monde théâtral (le film d’ailleurs est tiré d’une pièce britannique) et l’influence de La règle du jeu se fait sentir par moments.

Resnais nous entraîne dans un jeu de l’amour et du hasard entre cynisme enfantin et vaudeville assumé. Faisant sur jouer ses acteurs parfois à l’extrême, il apporte un second degré bienvenu à l’ensemble le tout soutenu par des décors aussi kitch que colorés. Surtout, il dénote d’une maîtrise remarquable du hors champ, tant l’indicible devient le maître des lieux et des protagonistes. Riley héritier de Godot, manipule les uns et les autres tour à tour sans jamais se dévoiler, tel le cinéaste maître de ses acteurs marionnettes.

Aimer, boire et chanter nous parle peu et beaucoup à la fois tant le grotesque se mêle à l’intime, la surenchère au naturel. Du coup le navire tangue tellement que l’on se demande si il arrivera à bon port. Pourtant la narration enlevée du metteur en scène gomme peu à peu les défauts et incertitudes, il est d’ailleurs aidé en cela par un casting haut de gamme.

Jamais avare de réparties acidulées, Resnais sans signer un ultime chef-d’œuvre délivre ici un drôle d’objet aussi élégant qu’agaçant. Au moins il ne laisse pas de marbre.

Fim français d’Alain Resnais avec Sabine Azema, André Dussolier, Hyppolite Girardot, Sandrine Kiberlain. Durée 1h48. Sortie le 26 mars 2014

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre