Entretien avec Stéphanie Hochet, pour l’Eloge du Chat

A l’occasion de la sortie de son livre « Eloge du Chat« , Stéphanie Hochet a bien voulu en dire un peu plus sur ce qui a motivé l’écriture de l’ouvrage, et surtout, sur son amour du félin. Rencontre à pattes de velours.

Pourquoi ce livre ?

 Parmi les sujets auxquels la littérature ne peut résister, on compte l’amour et les chats. Le chat est quasiment un grigri d’auteur, et une tentation extrême. Mais justement, on a dit tellement de choses sur ce personnage à fourrure, tenant des propos apparemment contradictoires, qu’il me fallait y voir clair et pour ainsi dire y mettre de l’ordre, en tout cas comprendre. En relisant les textes qui m’ont marquée enfant, j’ai retrouvé une joie de jeune lectrice. Mais au moment d’écrire, j’ai pris conscience que je ne pouvais pas aborder ce thème autrement que par la forme littéraire classique de l’éloge. Car le chat se pense avec philosophie. Si le chat a traversé la littérature depuis plusieurs siècles c’est qu’il incarne un pan de la psychologie humaine. On projette chez lui nos excès de tempérament. C’est dire si cet animal nous fait fantasmer. Pourquoi lui plus qu’un autre animal ? Sans doute parce que le chat, plus que tous les autres animaux que nous avons côtoyés est l’être le plus souple, le plus flexible qui soit. Qu’il s’agisse de son corps ou de son tempérament. C’est ce que je tente de montrer dans cet éloge.

 Quels animaux vous touchent le plus hormis le chat ?

 Ma curiosité pour le monde vivant est restée assez neuve depuis mon enfance. Si je reparle d’enfance c’est que cette période est un moment sacré dans la découverte de l’animal. Tous les petits enfants se trouvent en état de stupéfaction devant les animaux qu’ils rencontrent pour la première fois. Il y a chez le petit être humain une capacité à considérer l’animal comme une sorte de miracle. Passionnée, toute petite, par les animaux et notre façon de communiquer avec eux, je me souviens du « choc » que j’ai vécu le jour où ma mère m’a emmenée au zoo et où j’ai pu voir un éléphant « en vrai » (les photographies de cet animal avaient attisé ma curiosité et j’avais du mal à croire qu’un tel géant puisse exister). Je ne pouvais plus bouger tant mon émotion était grande. J’étais aimantée et sans doute aussi un peu inquiète.

Terriblement admirative de cet être aux formes, à la taille hallucinantes. J’ai tendance à penser qu’au paléolithique  nos ancêtres conservaient cette admiration pour l’animal, comme le prouvent les fresques magnifiques retrouvées sur les parois des grottes de Lascaux et Chauvet (une panthère est d’ailleurs représentée à Chauvet). Il est dommage qu’en grandissant nous perdions ce regard pour les animaux. Certains d’entre nous conservent cette capacité à admirer ce qui n’est pas nous et à respecter l’autre, l’animal. D’autres se persuadent qu’une frontière infranchissable nous sépare d’eux.

 Bien sûr que chacun a ses « favoris » dans le royaume des espèces. J’ai une passion particulière pour les grands singes. Les bonobos, orangs-outans, chimpanzés et gorilles. Les découvertes des primatologues ne cessent de nous troubler.  La société matriarcale des bonobos, le sens esthétique découvert chez les orangs-outangs, le lutte à mort des gorilles pour protéger leurs petits me touchent et interrogent notre parenté avec eux. On a constaté que les bonobos savaient rire et que les chimpanzés pouvaient réussir certains tests de rapidité intellectuelle mieux que nous. La frontière entre les grands singes et nous est mouvante. Elle est un bon début pour nous interroger sur ce qui est strictement humain et ce qui est spécifiquement animal. Les réponses seront régulièrement débattues, comme cela a été le cas ces dernières années.

 Quelles sont les œuvres qui vous ont marquée en littérature et qui parlaient d’animaux ? Vous parlez de certaines dans l’Eloge, mais si vous deviez n’en choisir que trois par exemple ?

 J’ai découvert mon premier émoi littéraire avec Dialogue de bêtes de Colette. J’avais 9 ans. Pour la première fois, je fus marquée par la beauté de ce que je lisais. Découverte esthétique, découverte de la représentation animale en littérature, les deux ont coïncidé. Le premier film devant lequel j’ai pleuré : King kong, vu à la télé. Plus tard, je devais avoir 13 ans,  ce fut Gorilles dans la brume au cinéma. Cette histoire, l’espoir d’une communication respectueuse entre les espèces (les gorilles et l’humain) qu’elle fait naître m’a bouleversée et j’ai trouvé la suite du film d’une violence à peine supportable (Dian Fossey interprétée par Sigourney Weaver est assassinée par des braconniers en voulant défendre les gorilles qui l’avaient acceptée dans leur communauté). Le film est repassé sur Arte il y a quelques années mais j’avoue que j’ai dû éteindre en cours de film, je ne supportais pas de rester « inerte » devant ce spectacle, je ne pouvais plus encaisser.

 Qu’avez-vous à dire sur l’affaire Oscar, et sur le traitement médiatique, populaire et juridique de cette affaire ?

 Un homme s’est rendu coupable d’actes de cruauté envers un animal, et il a cherché la « publicité » en diffusant la vidéo sur internet. Il a été arrêté et a été condamné à un an de prison. La loi a été appliquée. La moindre des choses est de connaître la loi (que nul n’est sensé ignorer). Ceux qui ne la connaissent pas prétendent qu’on a jugé plus sévèrement cet homme qu’on ne jugerait un homme qui commettrait des actes de torture sur un être humain, mais en l’occurrence la peine qui serait prononcée si tel avait été le cas serait de 15 à 20 ans. On peut espérer que cet acte ne se reproduira plus et que la sanction servira d’exemple. Je n’ai pas voulu polémiquer avec ceux qui partent en croisade contre cette affaire au nom du « droit des femmes battues » qui seraient moins protégées par la loi que les animaux. Je constate simplement que ces personnes ne sont jamais présentes lors des manifestations pour la défense du droit à L’IVG par exemple (auxquelles personnellement je me rends). Si une maison brûle et que je dois choisir entre sauver une vie animale et une vie humaine, je choisirais la vie humaine évidemment. Mais l’humanité de nos sociétés se mesure à notre capacité à protéger les faibles. Les humains (femmes, enfants etc.), mais aussi les animaux. Les empathies ne s’opposent pas, elles fonctionnent ensemble.

 Le chat sans prédateur ? Excepté l’homme… savez-vous que le chat est utilisé dans le commerce de la fourrure, tout comme les chiens, les renards, les lapins ?

 Sur la terre d’origine du chat (l’Égypte), il n’y a pas de buse, le chat est un roi sans prédateur et l’homme le respecte et l’idolâtre. Le monde s’est depuis perverti. L’homme est un loup pour l’homme et pour le chat.

 Pourquoi donner cette forme à votre livre ? Pourquoi pas un roman, avec un chat comme personnage ?

 L’éloge est un exercice de style, une forme littéraire qui existe depuis l’Antiquité. Elle est une autre façon d’écrire, et j’aime expérimenter des domaines différents dans l’écriture, y compris dans la forme. Ce livre est aussi un hommage aux plus grands écrivains que moi, à ceux qui m’ont nourrie. Enfin, seul l’éloge, en tant que discours logique, pouvait me donner l’occasion de  démontrer que le chat est Dieu.

 Avez-vous déjà visité le parc des félins en Seine-et-Marne ?

 Non, je ne connais pas cet endroit, mais pourquoi pas, j’irai sans doute un jour.

 Avez-vous un chat ?

 J’ai eu des chats. Mais le dernier, qui est mort il y a 10 ans, était le chat absolu. C’était un grand chat tigré, terrible chasseur « mais » sensible et intelligent. Ca communiquait si bien entre nous que je n’ai pas pu le remplacer après sa mort.

 Des chats ont certainement marqué votre vie ?

 Mes parents ont toujours eu des chats. Ma mère m’a raconté que lorsque j’étais encore nourrisson, elle a retrouvé le chat de la maison dans mon berceau dormant à mes pieds. J’aime cette anecdote qui a un accent mythologique. Je me souviens de la curiosité et du plaisir que j’ai eu tout jeune enfant à caresser ces animaux (chats et chien). La caresse nous fait éprouver des émotions très fortes, elle nous lie à l’autre espèce dans le consentement mutuel.

 Si l’écrivain était un chat quel sorte de livre écrirait-il ?

 Il écrirait Éloge du chat… Enfin, sérieusement, il écrirait un manuel de la séduction ou un éloge de la chasse. Il écrirait une œuvre piquante et irrésistible. Certaines œuvres sont issues de personnalités félines, par exemple : Les Liaisons dangereuses ou les Lettres de Ninon de Lenclos.

Propos recueillis par Stéphanie Joly

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.