La liste de mes envies, de Didier Le Pêcheur

Lucas Belvaux adaptait dernièrement à l’écran Pas son genre, un roman de Philippe Vilain paru chez Grasset. Une adaptation réussie, malgré la difficulté de l’exercice. Le metteur en scène doit en effet s’approprier l’histoire, les personnages, et en faire une oeuvre qui peut être tout à fait différente de l’oeuvre originale par certains aspects.

Didier Le Pêcheur s’est lancé, lui, dans l’adaptation d’un best-seller traduit en plusieurs langues : La liste de mes envies, le premier roman de Grégoire Delacourt. Un livre qui a eu un succès incontesté tant dans les foyers que sur la blogosphère. Pour le réalisateur, il était donc d’autant plus important de ne pas se planter que l’oeuvre est appréciée par des gens qui ont développé un affect particulier à son égard, et qui ont la plume facile sur la toile… c’est une donnée à prendre en compte.

Pour l’histoire de Jocelyne et Jocelyn, le réalisateur a choisi Mathilde Seigner et Marc Lavoine, un couple aussi inattendu qu’impressionnant à l’écran. L’histoire, presque tout le monde la connait : Jocelyne tient une mercerie au centre d’Arras. Elle tient également un blog de mercerie sur lequel les visites ne cessent de croître. Son quotidien balance au gré de la banalité d’une vie de famille avec son fils, sa fille, son bébé disparu et un mari qui ne parvient pas à se remettre de ce drame, passant par une étape alcoolique avant de redevenir l’employé d’usine tendre et attentif qu’il était au début de leur amour.

Didier Le Pêcheur ne s’écarte pas de la trame originale du livre. Il suit scrupuleusement le court des événements inscrits dans le livre. De ce côté, il ne prend pas de réel risque et c’est un vrai bonheur de retrouver des personnages qui nous ont émus à l’écran. Là réside en réalité tout le défi du film : dans la prouesse d’acteurs qui ne peuvent se permettre un faux-pas, tout en s’appropriant eux aussi une certaine vision des personnages proposés par l’auteur du livre.

De ce côté, les acteurs en question parviennent à relever ce challenge. Ils sont à la fois émouvants, différents des personnages du livre puisque personne ne pouvait avoir imaginé catégoriquement la même chose, mais profondément semblables dans leurs caractères. On retrouve les deux Danielle, folles et fidèles. On retrouve une Jocelyne qui est au fond, comme le dit Mathilde Seigner, représentative de nombreuses femmes, avec ses rêves et ses inquiétudes, loin du star-système et de la surconsommation. Même les personnages secondaires, tels que Mado, sont d’une étonnante authenticité. Personne ne surjoue. On note enfin la prestation extraordinaire de Marc Lavoine, qui devient dans ce rôle totalement méconnaissable, irrésistible et odieux, tendre et violent : son visage marquera à jamais les spectateurs, dans toutes les scènes. Patrick Chesnais réalise également une prestation remarquable, dans le rôle du père dont la mémoire n’excède pas six minutes, et dont la fille passe son temps à lui inventer de nouvelles vies toujours plus prestigieuses, quand elle même ne sait pas quoi faire de 18 millions d’euros.

La liste de mes envies est au fond l’histoire d’une femme humble, qui n’a d’autre rêve que de le rester. Un être modeste chez qui l’idée de richesse provoque la trouille folle de tout perdre. On ne racontera pas la suite ni la fin de l’histoire. On évoquera seulement, en filigrane, cette dernière scène où l’on entrevoit ces fantômes d’une vie passée qu’aucun rêve ne peut effacer malgré la lumière aveuglante du soleil.

Voilà ce qu’a réussi Didier Le Pêcheur en adaptant La liste de mes envies : il a donné vie à des personnages qu’on avait longtemps rêvés, imaginés. Il leur a donné une consistance qui vient compléter à merveille le roman écrit par Grégoire Delacourt. Et si les deux Joceline sont différentes, elles représentent toutes les femmes du monde.

Un film français de : Didier Le Pêcheur, Avec : Mathilde Seigner, Marc Lavoine, Virginie Hocq,  Frédérique Bel, Patrick Chesnais, Tiphaine Haas, Cécile Rebboah, Julie Ferrier, Julien Boisselier et Michel Vuillermoz, adapté du roman de Grégoire Delacourt (Lattès, Livre de poche)

Le 28 mai au cinéma.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.