Je ne renie rien, Françoise Sagan (Entretiens)

« Si tout était à recommencer, je recommencerais bien sûr, en évitant quelques broutilles : les accidents de voiture, les séjours à l’hôpital, les chagrins d’amour. Mais je ne renie rien. »

Je ne renie rien regroupe les entretiens de Françoise Sagan depuis la parution de Bonjour Tristesse en 1954 à 1992. Depuis le film de Diane Kurys en 2008, où Sagan était incarnée par une Sylvie Testud impeccable, on connaissait un peu plus ce personnage qu’on avait laissé s’éteindre en 2004, il y a presque 10 ans maintenant. Celle qui est morte dans la solitude et sans un sou avait pourtant été jadis un écrivain célèbre, représentant pour le public tout le faste et le néfaste des intellectuels parvenus, se vautrant dans la drogue et la fête.

Sagan revient sur cette carrière qui lui est tombée dessus sans qu’elle ne s’y attende. Elle évoque ce nom d’emprunt qu’elle finit un jour par détester d’être prononcé avec tant de mépris. Elle répond à ce surnom de « charmant petit monstre » qui lui a été attribué un jour par Mauriac : un surnom qu’elle a toujours renié, contrairement aux choix qu’elle a pu faire dans sa vie.

Tout en évoquant l’écriture, ses enjeux, ses difficultés, ses caprices et ses exigences, elle parle de cette image qu’on a bien voulu lui coller, et qui un jour est devenu ce masque qu’elle s’est forcée à porter durant de nombreuses années.

Sagan critique, Sagan authentique : celle à qui l’on a prêté tant de mal, qui a donné tant de bien et tant et tant, autant qu’elle l’a pu jusqu’à se ruiner sans rien comprendre à cet argent qui n’était ni mérité, ni démérité, ni essentiel surtout, dit tout de ce qu’elle a vraiment été. On retrouve ainsi Sagan telle qu’on la sentait entre ses lignes cyniques et joueuses, et on ne peut que l’aimer d’avoir su rester ce qu’elle était au fond. Une jeune fille qui s’amuse de la vie, parce que la vie n’est qu’un jeu. La littérature, c’est cela qui est vrai.

Je ne renie rien, Entretiens de 1954 à 1992, Stock, Mai 2014, 256 pages, 19 euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.