The Fear

The Fear de Michael Samuels (réalisation), et Richard Cottan (scénario) est probablement l’une des séries les plus folles, les plus pertinentes, et les plus inquiétantes de ces dernières années.



Rickie Beckett (incarné par l’excellentissime Peter Mullan) est un ancien patron du crime organisé, devenu entrepreneur, à Brighton. Il poursuit son rêve de reconstruire une zone abandonnée de la ville : West Pier. Mais les choses ne vont pas rester ainsi lorsque la Mafia libanaise envahit la zone et qu’une forme de démence commence à toucher l’homme qui ne pourra que compter sur les multiples gaffes de l’un de ses fils… et sur l’amorce de sa descente aux enfers.

Alors que le monde des séries ne cesse de se pencher sur les extra-terrestres, les vampires et autres phénomènes paranormaux, Richard Cottan a choisi de s’intéresser au déclin d’un homme atteint de la maladie d’Alzheimer. Un choix qui peut faire peur à bien des égards, d’autant plus qu’il choisit Peter Mullan pour incarner ce personnage finalement très proche de la réalité, menotté par un problème très terre à terre (la santé), mais complètement barré.



L’entreprise s’avérait d’emblée périlleuse et le choix d’une série en quatre épisodes s’avère très judicieux : c’est également sous cette forme de narration que l’on retrouvait un tout autre Peter Mullan dans la série de Jane Campion, Top of the Lake. Le format de la mini-série semble à la fois très prometteur, parce qu’il n’assujettit par le réalisateur à une durée trop longue, ni à des épisodes trop courts, où les rebondissements sont forcément plus minutés, mais également parce qu’il rend la série en question plus dense, plus palpitante.

De ce point de vue, Jane Campion comme Richard Cottan ont réussi le pari incroyable de donner vie, forme et charisme à leurs personnages en moins de dix heures (et même moins de quatre heures pour The Fear).

Ce qu’on retiendra de The Fear ? On retiendra d’abord un Peter Mullan qui ne cesse d’impressionner par la palette des rôles incarnés durant sa carrière, culminant peut-être en ce moment au sommet de son art, en enchaînant coup sur coup deux séries grandioses. On retiendra également une ambiance digne de Twin Peaks, inquiétante, infernale : rien ne peut être sauvé, jamais, quoiqu’il en coûte et quoi que l’on fasse.

On retiendra cette folie de la caméra, ces instants où l’on ne sait plus ce qui s’est réellement passé, comme l’acteur phare, que l’on voit sombré impuissant dans une folie qui mène tout une famille à sa perte. Et c’est là l’absolu génie de The Fear : faire peur avec ce qui nous est proche, et proposer de se perdre soi-même dans une confusion absolument maîtrisée par le réalisateur Michael Samuels.

Une série à laquelle nous aurions tort de ne pas vouer un culte.

The Fear, Avril 2014, Editions Montparnasse, 4 épisodes de 50 minutes. Michael Samuels. 20 €

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.