Massacre à la tronçonneuse, de Tobe Hopper

Au Texas, personne ne vous entendra crier

Le calvaire vécu par cinq amis partis pour un court séjour au cœur du Texas. Pris au piège par une famille de psychopathes, parviendront-ils à échapper à l’enfer qui leur est destiné ?

Quand un spectateur lambda regarde le film aujourd’hui pour la première fois, il est en droit de se demander pourquoi il fut interdit si longtemps sur notre territoire. La violence présente à l’écran peut paraître un poil édulcorée en comparaison avec le journal télévisé, internet ou encore référence plus avisée les films d’horreur contemporains.

En lieu et place de la censure, l’œuvre de Tobe Hopper connaît une version restaurée de haute qualité pour fêter son quarantième anniversaire. Il est difficile d’aimer Massacre à la tronçonneuse même aujourd’hui. Trop crasseux, trop poisseux, l’ambiance malsaine de l’ensemble ne laisse pas indifférent, peut rebuter le spectateur, l’écœurer jusqu’à la nausée.

Jeunesse décérébrée, psychopathes dégénérés, rien n’est à sauver. Rien, sauf la malice d’un cinéaste qui le temps d’un long-métrage parvient à accoucher d’un moment  culte à défaut d’un véritable chef-d’œuvre, ce à partir de bric et de broc.

Ingénieux dans sa mise en scène, Hopper dresse à mots couverts un faux portrait glaçant de l’Amérique profonde sous forme de fait divers, farce noire parfois jubilatoire parfois abjecte. Surtout, après Sam Peckinpah et George Romero, il érige la violence en spectacle et offre une ode encore jamais vue à la terreur la plus pure. Après La nuit des Morts Vivants, Hopper pose les bases d’un vrai genre populaire que Bava et Carpenter immortaliseront. Tout du long, le cinéaste démontre son astuce et place son tueur mystérieux dans les annales du septième art. Le Leatherface fait désormais référence au sein du cinéma bis, modèle de monstruosité apathique, innocente et barbare.

Jamais après Massacre à la tronçonneuse Hopper ne retrouvera la verve et la grâce de ses débuts. Il fait partie de ces metteurs en scène d’un seul film, celui qui marque et détruit une carrière par sa prépondérance. Une bonne occasion désormais de (re)découvrir comment l’horreur peut être indicible, suggestive tout en glaçant le sang de tout à chacun

 

Film américain de Tobe Hopper avec Marylin Burns, Allen Danziger, Teri Mc Minn. Durée 1h23. 1974. Ressortie le 29 octobre 2014

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre