Super Trash, de Martin Esposito

L’industrie pharmaceutique, l’industrie agro-alimentaire, le monde culturel, et même l’industrie de la mort se rejoignent en un point bien précis de la planète, au moment où Martin Esposito tourne les images de Super Trash : La décharge de la Glacière, à Villeneuve-Loubet sur la Côte d’Azur.


Nous sommes en mai 2008 lorsqu’il débute son documentaire dans cette décharge. Dès le début, les camions se succèdent à n’en plus finir (et ça ne finit jamais) pour déverser les ordures de la région. Quand on pense à « décharge », on se doute bien des mauvaises odeurs, du fait que tout est dévasté : il s’agit, dans notre esprit, de l’endroit où l’on jette les détritus, les déchets, et ce qui ne peut être trié.

La vérité est plus ignoble qu’on ne le pense : cartons, bouteilles en plastique, bouteilles en verre. Tout est mélangé aux ordures ménagères, aux excréments accumulés par les camions de débouchage. On vous assène de publicités visant à trier les déchets, vous menaçant à terme de verbalisation ? Tous arrivent au même endroit. On vous conseille de rapporter les médicaments usagés à la pharmacie ? Les hôpitaux eux-mêmes balancent ici des plaquettes entières de médocs non utilisés. Vous souhaitez faire une réduction de corps dans le caveau d’un aïeul pour en profiter à votre tour ? L’aïeul en question ira ternir la décharge de sa poussière, aux côtés de nourritures périmées, de morceaux de viande encore fraîche…


Lorsqu’il pleut, tout cet amas d’ordures où l’on enterre parfois incognito des fluides plus ou moins toxiques en toute illégalité créera un « jus », qui s’écoulera jusque dans la vallée en contre-bas, détruisant la végétation, faisant mousser ou noircir les rivières.

Toute cette imposture vous est servie sur un gigantesque tapis rouge, flambante contribution de l’industrie cinématographique : en effet, saviez-vous qu’après chaque montée des marches, le festival de Cannes s’offre un nouveau tapis rouge ? Il n’y a plus qu’à emballer le précédent et l’envelopper dans une affiche géante promouvant l’engagement écologique du festival, le fourrer dans une benne, direction le camion, atterrissage sur un joli sac de supermarché où il est inscrit « la nature vous dit merci ». Choquant, monstrueux, mais vrai : donc impeccable. A faire tourner absolument !
Super Trash, de Martin Esposito, en DVD le 24/10.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.