Peppermint Frappé, de Carlos Saura

Avant tout, sachez qu’il s’agit de la sortie idéale pour ce week-end : n’en déplaise à mon collègue François, point de Block Buster cette fois : filez voir Peppermint Frappé dans sa version restaurée, il passe au Reflet Medicis tout le week-end ! C’est un chef-d’oeuvre !

Nous avons vu, avec grand bonheur, la version restaurée de Peppermint frappé de Carlos Saura. Il est peut-être un peu périlleux de l’avouer ici, mais, tout en soulignant qu’il s’agit là d’une indéniable qualité, je suis bien forcer de revenir sur cette incroyable force des films de Carlos Saura, qui me font le même effet que les romans de Beckett : ici, plus que l’absurde, nous rencontrons la folie absolue des personnages, une folie envoûtante et presque oppressante, parce qu’indéfinissable.

Comme à son habitude, Carlos Saura prend son temps pour définir ses personnages. En un peu moins d’une heure quarante, le réalisateur vous agrippe et vous impose de ses plans serrés, presque immobiles, dans des scènes qui comportent juste la langueur nécessaire au malaise qu’il souhaite imposer.

Ici, nous retrouvons une très jeune Géraldine Chaplin dans un rôle duel d’une grande ampleur : elle y incarne deux femmes que tout oppose, l’une étant convoitée, aimée, l’autre passant par plusieurs états, de la femme invisible à la femme de substitution.

Bien évidemment, la beauté de ces deux femmes qui ne font qu’une est soulignée de manière à ce que l’on sente à quel point l’une et l’autre sont finalement libres, au regard de la prison que s’impose un homme qui les convoite à en fomenter un crime raté, crime d’ailleurs rattrapé par un démon féminin qui se dévoile peut-être plus fou encore que la folie masculine.

Trois personnages auront suffi à Carlos Saura pour réaliser ce chef-d’oeuvre mettant en scène un quatuor décapant, magnifique de justesse.
Le scénario, presque aussi simple que La chasse, du même réalisateur, repose davantage sur les sentiments que sur les événements. Comme dans ce dernier film, dès lors qu’il se passe réellement quelque chose, il est déjà trop tard : tout est scellé.

Passion, possession sont ici magistralement filmées et incarnées. En outre, la version restaurée est un régal absolu : on en oublierait d’ailleurs presque que ce film indémodable par son sujet, très actuel dans son traitement, fêtera bientôt son demi siècle bien pesé.

Il s’agit belle et bien d’une merveille à voir et revoir, que nous vous conseillons de guetter puisqu’il ressort le 18 février en salles, dans sa plus belle tenue.

Merci à Tamasa pour la découverte de cette perle.

Peppermint Frappé, Carlos Saura, avec Géraldine Chaplin, 1967, en salles le 18 février 2015.

Articles relatifs :

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.