Imitation Game, Morten Tydum

Wargames

1940, Grande-Bretagne. Afin de briser le système de communication nazi Enigma, le gouvernement engage une équipe de chercheurs d’élite. Parmi eux, un certain Alan Turing, mathématicien de génie dont les travaux ne vont pas seulement aider le pays en guerre mais bel et bien changer la face du monde.
Icône emblématique du monde informatique, Alan Turing suscita à son époque autant d’admiration que d’indignation. Son rôle prépondérant au sein du contre-espionnage britannique durant la Seconde Guerre Mondiale n’a cependant été mis à jour que depuis une vingtaine d’années seulement. C’est donc avec curiosité que l’on attendait le biopic le concernant sous la houlette de Mortem Tydum, cinéaste à la carrière jusqu’ici peu prolifique mais remarquée notamment grâce à son premier long-métrage Buddy. Résultat, sur le plan de la mise en scène, Tydum surprend par moments en s’appuyant sur une narration elliptique faussement sophistiquée. En filmant la guerre comme un jeu dans les coulisses et sur la scène, puis en ne montrant par la suite que quelques images furtives des horreurs commises, le réalisateur adopte une finesse que l’on n’attendait pas forcément. En outre, le comique de situation trouve ses fondements dans un classicisme bienvenu contrastant efficacement avec la gravité de chaque situation. Par ailleurs sa direction d’acteurs se révèle efficace malgré l’absence d’une certaine puissance émotionnelle de temps à autre. Le choix de Benedict Cumberbatch pour interpréter le rôle phare se révèle à la fois judicieux bien que répétitif pour l’acteur. Encore un énième personnage arrogant et supérieur pour le comédien après Sherlock Homes et Khan de Star Trek. Cependant, l’indéniable charisme et la palette de jeu de Cumberbatch crédibilise la figure d’Alan Turing à l’écran.



Malgré ces bonnes intentions, Tydum finit malheureusement par lasser aux deux-tiers du film. La bonne tenue formelle ne saurait endiguer l’implosion scénaristique du projet. Voulant traiter de tout, Imitation Game ne résout rien, partant sur diverses voies pour n’en emprunter vraiment aucune. Le manque de cohésion nuit particulièrement au film sabordant par la même les thématiques apparemment chères à l’auteur.

Plat appétissant de prime abord, Imitation Game sans provoquer l’indigestion oublie de rassasier le spectateur ne lui offrant par la même occasion qu’un consommable sans saveur. Ambitieux sans être pertinent, un peu dommage donc.

Film américain de Morten Tydum avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew Goode. Durée 1h54. Sortie 28 janvier 2015

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre