Interstellar, de Christopher Nolan

L’étoffe des héros

Afin de sauver la Terre et ses habitants, une équipe d’astronautes entreprend un voyage dans l’espace et le temps repoussant les limites de la relativité.

C’est avec un mélange de crainte et de curiosité que beaucoup attendaient le nouveau film de Christopher Nolan. Annoncé par certains comme l’héritier de 2001, on pouvait aussi entrevoir une catastrophe annoncée, les expériences Mission to Mars ou encore Contact avaient affligé en leur temps bon nombre de spectateurs. Film de hard science grandiloquent ou véritable essai auteurisant, de quoi peut bien donc accoucher Nolan avec cet Interstellar après la déferlante Gravity il y a un an.

Il faut dire d’emblée que le film n’est en rien comparable à Gravity ou même à 2001 comme certains dires l’ont supposé. On retrouve plutôt l’atmosphère des aventuriers de Philip Kaufman quand l’Etoffe des héros racontait l’épopée humaine de la conquête spatiale. Et en cela, Nolan réussit un véritable tour de force dans les quarante premières minutes d’exposition. On assiste ainsi à une incarnation du voyage au bout de la nuit par la chair plutôt que par des effets mécaniques, évitant une esbroufe malvenue. Puis c’est le temps de la découverte des espaces infinis avec ses maladresses, son introspection facile et la tendance d’aller toujours plus loin dans une narration elliptique. Les allers-retours chers au réalisateur de Memento ne font plus aujourd’hui mouche tant il abuse du procédé censé décupler la puissance émotionnelle de ses histoires.

Heureusement son casting de qualité maintient l’ensemble hors de l’eau, notamment une dernière partie inconsistante à souhait ; Jessica Chastain et Michael Caine en tête rendent finalement crédible l’humanisme voulu par l’auteur dans le bric et broc peaufiné autour de la relativité d’Einstein.

Enfin, parmi ce chaos il y a cette envolée lyrique, d’une beauté à couper le souffle puisque d’une simplicité évidente contrastant avec la pesanteur du reste du long-métrage. Quand seulement quelques messages rappellent la fugacité du temps et ramène à l’amertume de la réalité, Nolan atteint enfin sa cible et touche le spectateur comme Matthew Mc Conaughey à l’écran.

Film inégal sur la longueur, parfois juste lourd, capable de moments de grâce et coupable de moments d’une vacuité affligeante, Interstellar interpelle plus par ce qu’il aurait pu être que parce qu’il est réellement. Un film malade en quelque sorte.

Film américain de Christopher Nolan, avec Matthew Mac Conaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Michael Caine.  Durée 2h49. Sortie le 5 novembre 2014

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre