La Guerre de sept ans, de Edmond Dziembowski

« Guerre et opinion publique au XVIIIième siècle »


 Professeur à l’université de Franche-Comté, Edmond Dziembowski, spécialiste de l’histoire de la France et de la Grande-Bretagne au XVIIIième  siècle, s’était fait remarqué en publiant en 2006 un ouvrage remarquable sur les deux Pitt, père et fils, adversaires irréductibles de la puissance française. Avec ce magnum opus sur la guerre de Sept ans, il nous offre une synthèse claire, argumentée sur ce qui fut selon Churchill une des premières guerres mondiales de l’histoire et où, last but not least, les opinions publiques jouèrent un rôle déterminant. La guerre de sept ans fut-elle la matrice des Révolutions Américaines et Françaises ?

 Guerre mondiale

 Si le conflit éclate en Europe en 1756, il commence plus tôt en Amérique : le 28 mai 1754, le capitaine de Jumonville et une grande partie de ses troupes sont massacrées dans la vallée de l’Ohio par des indiens commandés par un jeune officier prometteur, George Washington. C’est le début d’une guerre qui ne dit pas son nom entre la France et l’Angleterre, deux impérialismes coloniaux dont les intérêts concurrents poussent les gouvernements à l’affrontement. Si le conflit déborde bientôt sur l’Europe, c’est à cause du Hanovre : le roi britannique George II en est aussi le souverain et accorde beaucoup plus d’importance à ce petit pays allemand qu’aux colonies anglaises d’outre-mer. Pour défendre le Hanovre, Londres a besoin d’une épée sur le continent face à la France de Louis XV. Si l’Autriche a longtemps joué ce rôle, cela n’est plus possible à partir du moment où la France délaisse la Prusse de Frédéric II et signe une alliance avec les Habsbourgs. Ces derniers sont désireux de reconquérir la Silésie, conquise par le souverain prussien lors la guerre de succession d’Autriche. Frédéric II se retrouve du côté anglais et les combats sur le sol allemand monopoliseront bientôt les efforts militaires français (bien vains après la défaite de Rossbasch…). On ne reviendra pas sur le déroulé des batailles, on insistera bien plus sur un des apports du livre.

 L’opinion publique, l’enfant du conflit ?

 Notre historien a beaucoup travaillé sur la naissance de l’idée de « patriotisme » (un mot anglais transposé en français) durant le conflit. A la lecture de son ouvrage, il apparait clairement que William Pitt, « le ministre du peuple », s’est servi du patriotisme anglais, lassé de l’obsession hanovrienne de George II  pour accéder au pouvoir. Pétri de références et d’idées issues du courant républicain né lors de la Révolution anglaise, Pitt trouve les bons mots pour réveiller l’ardeur des colons d’Amérique face à des Français qui, avec leurs alliés indiens, ont longtemps été victorieux outre-Atlantique. Par la suite, attachés à leur autonomie, les américains ne supporteront pas que les successeurs de Pitt (qu’ils vénèrent) réaffirment les liens de subordination entre les colonies et la métropole… Et augmentent les impôts. On renvoie ici aux travaux de Bernard Cottret sur la genèse de la Révolution américaine.

 On savait moins, cependant, que de ce côté-ci du Channel, écrivains et publicistes ont suscité, souvent avec l’aide du cabinet de Versailles animé par le duc de Choiseul à partir de 1759, un grand élan patriote. Il n’est cependant pas unanime : l’anglomanie d’une partie des élites est fustigée avec violence et assimilée à de la trahison (on est ici proche du langage de certains révolutionnaires de 1789). Sans compter que les défaites militaires ternissent la réputation d’un Roi que le peuple de Paris brocarde pour sa liaison avec la marquise de Pompadour, accusée d’avoir orchestré le rapprochement si peu populaire avec l’Autriche…

 Edmond Dziembowki marche sur les traces de Jonathan Dull (mais aussi dans celles de Jürgen Habermas pour ce qui concerne ses thèses sur la naissance de l’opinion publique au XVIIIième siècle) et nous livre un excellent ouvrage sur ce conflit méconnu et décisif quant à l’histoire du monde et de notre continent.

 Edmond Dziembowski, La guerre de sept ans, Perrin, ISBN 9782262035297, janvier 2015, 700 pages, 27 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.