Le Cousin Jules, de Dominique Benichéti

L’éternité et un jour

 La vie quotidienne d’un couple d’octogénaires bourguignons, partagée entre activités campagnardes et la forge de petits objets.

Il aura fallu cinq ans à Dominique Bénichéti pour réaliser ce documentaire atypique mettant en relief le quotidien de son cousin. Et il aura fallu quarante ans pour découvrir enfin le résultat sur grand écran, même si Le cousin Jules a fait le tour entre temps de divers festivals.

De prime abord le sujet peut facilement déconcerter. Objet furieusement non identifié, Le cousin Jules rend perplexe, pantois ou indifférent si on le regarde de loin.  Regarder pendant quatre-vingt-dix minutes les protagonistes fabriquer des objets, se raser ou encore prendre le café relève plus de l’abscons voir du ridicule que d’une réflexion approfondie. Pourtant ce serait une grave erreur de s’arrêter là tant le travail de Bénichéti sur le fond et la forme devient au fil des minutes hors-norme.

Ces quatre-vingt-dix minutes d’un soit disant ennui se transforment en objet de fascination et le film en un hommage où les gens ordinaires sont vraiment exceptionnels, les héros d’un quotidien. Le cinéaste montre à quel point l’infiniment dispensable se réincarne en un souffle existentiel et le temps qui passe assimile les heures et les années de la même façon. Les pertes et la solitude éclatent à l’écran comme les étincelles de la forge. Le travail sur l’image est quant à lui remarquable, et la photo en tout point irréprochable. La nature morte devient peinture impressionniste et les acteurs des esquisses de maître.

A la fois inclassable et indémodable, Le cousin jules est une expérience unique, savoureuse à défaut d’être vigoureuse.

Film français de Dominique Benichéti avec Jules Guitteaux, Félicie Guitteaux. Durée 1h31. Sortie le 15 avril 2015.

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre