Le Dernier métro, de François Truffaut

Sous l’Occupation, la vie mouvementée du théâtre Montmartre après la fuite supposée de son directeur juif Lucas Steiner. Entre peur des nazis, effervescence autour de la nouvelle pièce et intégration du jeune premier Bernard Granger, Marion Steiner prends des risques afin de sauver l’entreprise maritale ; sous la houlette de Lucas ?

(Re)découvrir François Truffaut  aujourd’hui est plus qu’une expérience unique c’est participer au réel enchantement du septième art ; comment constater à quel point le cinéma a pu changer la vie d’un adolescent sauvage en éminent critique puis en metteur en scène au talent hors pair. Lui qui divisa ses congénères à l’époque par son œuvre, brille aujourd’hui au firmament du patrimoine français aux côtés de Renoir, Carné, Pialat ou encore Melville. Renoir l’un de ses maîtres, justement, publiquement affichés aux côtés Hitchcock ; comment ne pas retrouver leur ombre dans la filmographie du chef de file de la Nouvelle Vague ? Difficile certes mais plus encore à travers l’apprentissage d’un exposé épuré des choses de la vie, obsession récurrente de cet éternel amoureux des femmes et de leur caractère.

Peu de temps avant sa mort, Truffaut reçoit la consécration nationale avec dix césars amplement mérités pour Le dernier métro. Curieux mélange de prime abord que ce morceau fantasque où la gravité de la situation ambiante rejoint les plus belles heures du vaudeville. Alors que les innocents souffrent de l’Occupation, tous oublient le temps de monter sur scène les méandres de la guerre ; le spectacle dernière catharsis et le théâtre dernière zone de neutralité où occupants et occupés cohabitent à l’heure des répliques. Truffaut rend ici hommage à Renoir et à Carné et met subtilement en abyme l’univers dramaturgique sur grand écran tel ses maîtres avant lui. Il y mêle son éternel trio amoureux interprété magistralement par Depardieu et Deneuve. Deneuve dont le personnage trouble et suave est la digne descendante des femmes hitchcockiennes. Mais surtout Le dernier métro est un champ d’expérimentation à haut risque quand Truffaut mêle histoire et Histoire, et que les interrogations morales prennent le pas sur les ambitions artistiques. Lucas Steiner incarne à lui seul ce questionnement ; sauver sa vie n’est-il pas plus important que sauver son art ?  les turpitudes du jusqu’auboutisme d’un auteur sont autant de vicissitudes que Truffaut chasse et pourchasse pour parfaire son œuvre.

Le dernier métro est plus qu’un chef d’œuvre c’est le chant du cygne d’une époque aujourd’hui révolue, celui d’une forme de classicisme national où l’absence de fioritures renforçait davantage le propos. Mieux encore c’est le miroir étincelant des Enfants du Paradis qui perdure et l’élégance ostentatoire de Renoir qui affleure.

Film français de François Truffaut avec Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, Jean Poiret. Durée 2h13. 1980

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre