Honkytonk Man, de Clint Eastwood

Musicien et chanteur hors-pair, Red est cependant condamné, souffrant de la tuberculose. Il part alors, accompagné de son neveu, à la poursuite d’un dernier rêve à Memphis, celui de monter sur l’une des scènes les plus prestigieuses du pays.

 

Redécouvrir Honkytonk Man aujourd’hui, c’est redécouvrir Clint Eastwood lui-même avant ses triomphes critiques, avant Impitoyable et Million Dollar Baby. Car pendant des années, ce ne sont pas les articles de Pauline Kael, célèbre critique du New York Times, qui auront forgé sa légende. C’est oublier bien vite la force des premières œuvres, parfois maladroites mais déjà empreintes du souffle évocateur et classique qui caractérisera le cinéaste.

Trois éléments ont marqué Eastwood durant sa jeunesse : la dureté de la Grande Dépression, le cinéma de John Ford et la musique (il fut émerveillé notamment par un concert de Charlie Parker). Ces trois éléments n’ont cessé de forger la filmographie du réalisateur et aucun de ses films n’a pu aussi bien les rassembler qu’Honkytonk Man.

Eastwood délivre ainsi un road-movie à la narration épurée que Ford lui-même n’aurait pas renié. La découverte des grands espaces de l’Ouest et la ruée vers l’or fait place ici à la cruauté d’une réalité économique désastreuse où personne n’est épargné. Red et Whit arpentent les routes en quête d’un dernier brin de rêve américain. Voyage initiatique pour le neveu et dernier baroud d’honneur pour le chanteur, cette virée mélancolique fait sourire, rire et émeut. Sans fioritures ni esbroufe, Eastwood parvient à capter l’attention du spectateur dans la plus pure tradition classique. Il imprime la même sobriété  déjà utilisée dans Breezy et dont il usera plus tard dans Sur la route de Madison ; le film devient alors élégant et rend pour le mieux  justice, à l’histoire et à ses protagonistes. Eastwood interprète principal se régale et rappelle le non-jeu nonchalant d’un John Wayne de la plus belle époque.

Œuvre lumineuse et attachante, Honkytonk Man brille de façon étincelante au sein de la filmographie eastwodienne. Chef d’œuvre encore trop méconnu du grand public, il traduit le meilleur d’un savoir-faire, d’un héritage, d’une vision.

Film américain de Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Kyle Eastwood, Verna Bloom. Sortie le 15 novembre 1983. Durée 2h02.

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre