La Glace et le Ciel, de Luc Jacquet

La Glace et le Ciel est un film documentaire français, réalisé par Luc Jacquet et dont la sortie nationale française est prévue en octobre 2015. Il a été projeté pour la première fois en clôture du Festival de Cannes 2015 le 24 mai 2015.

A la veille d’une nouvelle conférence sur le climat, un film exceptionnel sort en salles. Il s’agit d’un film documentaire sur les expériences menées par Claude Lorius, (la voix dans le film est celle de Michel Papineschi) depuis 1958. A l’époque, il venait d’entrée dans la vingtaine, et une mission lui fut proposée par l’Etat : aller étudier l’Antarctique, et voir ce que les glaces pourraient bien raconter.

A cette époque, on découvre, si on ne le savait pas, comme moi, que les cartes n’étaient pas encore abouties. A certains endroits de la planète, là-bas, les positions n’étaient pas encore répertoriées. C’est donc en explorateur, en scientifique, et en passionné que Claude Lorius s’est enfoncé dans l’inconnu des glaces éternelles pour en dénicher un peu d’histoire… et de leçons.

Le film prend le contre pied de n’importe quel documentaire : l’explorateur s’exprime en voix off, par l’intermédiaire d’une autre voix que la sienne. Il est filmé dans des décors absolument sublimes, du haut de ses 82 ans. Le film commence d’ailleurs par une entrée dans les glaces, au son incroyable du mouvement de l’eau gelée. Comme c’est faire confiance à la terre, au destin, que d’oser s’enfoncer ainsi dans un lieu qui pourrait nous happer, et nous congeler vivant !

C’est peu ou proue ce que l’on va découvrir avec la suite de l’aventure, qui s’amuse à rapporter des images tournées à la 8mm, des images vieilles de 60 ans, des archives précieuses et passionnantes. Une poignée d’hommes est missionnée pour aller vivre un an dans les terres les plus hostiles que la planète héberge, loin de tout, pour en tirer des données scientifiques. Il n’y a qu’un passionné, ou un fou pour s’aventurer ainsi dans des contrées qui pourraient le perdre tout à fait.

Loin de se perdre, c’est là que Claude Lorius va se trouver, et rapporter au fil des ans des données édifiantes : la terre posséderait le pouvoir d’alterner périodes glacières et périodes plus chaudes, à intervalles très réguliers. Seulement, comme l’explique si bien Elizabeth Kolbert dans son ouvrage « La 6e extinction », l’homme est cette fois à l’origine d’une révolution planétaire : il accélère grandement l’inversement de la cadence, faisant courir la planète vers son réchauffement climatique non seulement plus vite, mais de manière exponentielle !

Tout le monde parle de climat. Tout le monde (y compris les politiques) en fait le centre du débat à un moment donné. Ceci dure depuis quelques décennies : Claude Lorius avait prédit il y a 30 ans les événements d’aujourd’hui. Ce n’est pas rien.

Politique et intérêts économiques aidant, l’alerte est donnée mais non prise en considération : du moins pas assez pour mener à des actions concrètes. La vérité, c’est que si on stabilisait aujourd’hui nos émissions de gaz, on ne pourrait même pas inverser la tendance pour le réchauffement. Il aura lieu, c’est trop tard.

Parfois, le film offre des plans d’une beauté sublime, et l’on se dit : mais pourquoi ce grand-père de 82 ans est-il au milieu ? Pourquoi la caméra s’attarde-t-elle sur lui ? N’est-ce pas un peu mégalo ?

Au contraire, à mesure que la caméra tourne autour de Claude Lorius, (hyper touchant, et plus touchante encore est sa transformation physique au fil des vidéos archives déployées : il vieillit à mesure qu’il découvre, à mesure qu’il perd ses illusions) venant d’avouer publiquement son échec, son impuissance (faire agir les politiques) en même temps que son succès (dénicher du passé la prédiction de l’avenir), on comprend à quel point lui, mais nous également, sommes si petits face à cet univers qui nous dépasse, et que pourtant nous nous acharnons sans le savoir à détruire. S’il est un film pour faire comprendre la finitude du monde, et de quelle manière nous pourrions changer les choses, c’est bien La Glace et le Ciel, de Luc Jacquet.

PS : pour les allergiques à la cause animale : à part quelques pingouins qui se baladent, point de laïus sur la fonte des glaces et ses conséquences sur les ourss polaires.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.