Lamb, de Yared Zekele

Ephraïm, un garçon de neuf ans, vit avec sa brebis Chuni dans les terres volcaniques d’Éthiopie. Lorsque sa mère meurt lors d’une famine, son père l‘envoie, accompagné de sa brebis, chez des parents éloignés dans une région plus verte du pays, loin de leur terre natale dévastée par la sécheresse. Dans ce nouvel environnement, Ephraïm a le mal du pays. Son oncle lui ordonne d’abattre sa brebis pour une fête à venir. Il élabore alors un stratagème pour sauver Chuni et retourner chez lui.

Le film de Yared Zekele est sorti le 30 septembre au cinéma en France. Distribué par Haut et Court, une maison indépendante, il a été sélectionné au Festival de Cannes dans la partie Un certain regard. Un point historique qui montre que ce film a déjà été hautement remarqué dans des sphères où le cinéma Ethiopien n’a d’habitudes pas trop ses entrées.

Certains critiques ont reproché à ce film de tenir davantage du documentaire (grâce aux paysages, au mode de vie des Ethiopiens, que nous connaissons peu) que du film, ses personnages manquant parfois de caractère.

Nous ne sommes pas du tout de cet avis : D’abord, le petit Ephraïm interprêté par Rediat Amare est vraiment splendide. Son personnage porte sur ses épaules le deuil d’une mère, la vie dans un pays pauvre qui connaît le manque de nourriture et le manque d’eau, l’amour inconditionnel pour un animal voué habituellement aux sacrifices, et enfin une volonté indéfectible. Jusqu’au bout, l’enfant porte ce film comme un grand. Une performance que l’on salue bien bas. Il y a également le personnage de sa cousine Tsion, qui loin de manquer de caractère possède déjà un charisme impressionnant, elle qui campe une jeune femme qui cherche envers et contre tout à se cultiver, et à entrer à l’université, dans un village où sa famille ne pense qu’à la marier « avant qu’il ne soit trop tard ». Nous ne nous étalerons pas sur la grand-mère des cousins, Emama, qui contient à elle seule toute la sagesse qui permettrait de sauver la situation, si elle n’était pas sur le déclin.

Les paysages, revenons-y : ils sont magnifiques, bien évidemment, et filmés de manière à ce qu’on comprenne bien qu’il s’agit là d’un environnement gigantesque, où se perdre est très facile, où le sauvage prend le pas sur la civilisation.

Le thème du film est donc cet enfant qui cherche par tous les moyens à sauver sa Brebis, stérile, qui ne sert donc à rien d’autre qu’à donner et recevoir de l’amour, à demeurer un compagnon de route fidèle et affectueux. Le film est en cela admirablement tourné : la brebis ne paraît pas mal traitée, et elle suit l’enfant à chaque instant. Durant tout le film cependant, on craint le drame, la séparation, la violence. On ne dévoilera rien de l’issue de cette histoire magnifique et terrible, où le besoin de liberté prédomine absolument. On y parle aussi, mine de rien, de végétarisme et d’histoires de protéïnes végétales, pouvant aisément remplacer l’abattage des animaux, dont l’élevage demande beaucoup plus d’investissement…

Car Lamb, c’est cela : une histoire de liberté absolue, l’affranchissement des traditions, des croyances et des peurs. C’est un hymne à la vie. Courez le voir !

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.