The program, de Stephen Frears

Menteur, Menteur ?

 L’ascension et la chute de Lance Armstrong, sa lutte contre le cancer, ses victoires dans la plus grande course cycliste du monde et son implication dans le plus grande affaire de dopage de ces vingt dernières années.

 Peu de célébrités ont autant suscité un mélange d’admiration, de fascination et de dégoût que Lance Armstrong ces dernières années. L’histoire était trop belle et le public a voulu y croire. Pourtant la ligne qui séparait les sceptiques de la première heure et les fans dudit champion, est devenue bien après celle qui sépare le pugilat de la rédemption.

Avec ce nouveau long-métrage, Stephen Frears dresse un biopic de celui qui défraya la chronique récemment, s’appuyant sur les propos du journaliste sportif David Walsh et de son livre Les sept péchés capitaux.

Si le film colle parfois trop aux écrits de Walsh, Frears malgré une direction d’acteurs moins maîtrisée qu’à l’accoutumée assure le ton de son récit par un rythme aussi soutenu qu’une course frénétique à la victoire. Jamais condescendant, le britannique montre subrepticement les différentes facettes d’un homme jamais victime de sa situation, tantôt arrogant, tantôt charmeur conditionné par la gagne. Les rouages de la supercherie obéissent à des normes de mise en scène qui rappellent l’élégance et la précision élégiaque des grands films de casse. Car c’est bel et bien un casse auquel on assiste, à un vol organisé, celui de l’image d’un sport qui ne s’en est jamais totalement remis à l’image du destin esquissé de Floyd Landis. Frears n’hésite pas à montrer la véritable hypocrisie teintée d’une fausse ingénuité, pas celle des instances mais bel et bien celle du public. Tous ont voulu croire plus que jamais à ce conte de fées moderne, celui d’un battant qui défia la maladie avant de défier les cols. On regarde Armstrong ici comme l’archétype américain et ses ambigüités ; capable de générosité comme avec cet enfant mourant ou coupable du péché d’orgueil quand il s’adresse à ses détracteurs. Il symbolise une autre approche du succès, celle que l’on doit détester, mais qui fit de lui un survivant ; du cancer à la déchéance, l’homme se relève toujours et encore motivé par des ambitions contre-nature.

Avec The Program, Frears à défaut de signer un portrait sportif passionnant, conte ici le récit d’un Lucifer moderne fascinant et répugnant, à la personnalité aussi trouble que complexe obsédée à l’excès par ce qui le fit survivre puis chuter, la victoire.

Film franco-britannique de Stephen Frears avec  Ben Foster, Chris O’Crowd, Guillaume Canet et Mat Damon. Durée 1h43. Sortie le 16 septembre 2015

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre