Les attentats, Chatons violents, dorénavant. Lettres contre la guerre.

Il a fallu un mois avant que je ne me reconnecte à ce site. Le dernier article date du 4 novembre. Quatre jours plus tard, j’ai été voir le très engagé spectacle de Océane Rosemarie, Chatons violents. Je m’apprêtais à dire quelque chose sur ce one woman show très éclairé, mêlant petits tracas personnels et grands manquements universels : un spectacle tendre et brutal, grave et drôle, inquiétant parce que lucide, qui vous remet à votre place et pointe sans vergogne les petites bassesses de la trop-bonne-pensée. Qui sommes-nous pour juger ? Comment se construit-on dans ce jugement, lorsqu’on l’est soi-même ?

Cinq jours plus tard, l’horreur. Ici. A Paris. Quoi de plus banal pour les autres, si loin, si proches tout à coup. Mais d’un seul coup, on ne veut pas que cette banalité-là nous concerne, nous touche. On se rend compte en même temps de l’horreur de la question, de l’égoïsme, du laxisme (non pas seulement des politiques, que je considère plutôt comme acteurs de cette affaire, partout dans le monde), du laxisme donc de nos pensées. De La pensée. Nous remâchons et remâchons ce qui nous est prédécoupé, malaxé d’avance, et quelle que soit la direction nous suivons comme des moutons vers l’abattoir. Qu’en est-il de la raison ? De la réflexion ?

Tout ce temps, je me suis échappée, ignorant tout ce qui se passait autour, allant photographier des grues cendrées en cours de migration au dessus du Lac du Der, me réfugiant dans l’excellent « Wild » de Cheryl Strayed (dont l’adaptation ciné est bien piètre en comparaison du livre). Mais…

Cette réflexion dont je parlais existe, et Tiziano Terzani nous l’a offerte (et elle a parfois été censurée) dès 2001, au commencement. Je n’ai pas fini cette lecture, et j’y reviendrai, mais elle m’amène aujourd’hui à écrire à nouveau, à partager le beau et le moins beau avec les lecteurs du site. Quelques morceaux choisis, qui restent d’actualité, 14 ans après qu’ils aient été écrits :

D’abord cette citation de Gandhi : « Tant que l’homme ne se mettra pas de son plein gré à la dernière place parmi les autres créatures sur la terre, il n’y aura pas de salut pour lui. »

« Plutôt que de supprimer les terroristes et ceux qui les ont soutenus (nous serons peut-être surpris de savoir combien de personnages, certains insoupçonnables, sont impliqués), il serait plus sage de supprimer les raisons qui poussent tant de gens, surtout parmi les jeunes, dans les rangs du djihad et qui leur font apparaître comme une mission le devoir de se tuer et de tuer. Si nous croyons vraiment au caractère sacré de la vie, nous devons accepter le caractère sacré de toutes les vies. Sommes-nous prêts au contraire à accepter les centaines, les milliers de morts – y compris les civiles sans défense – qui seront victimes de nos représailles ? »

« Il ne s’agit ni de justifier ni de condamnes, mais de comprendre. Comprendre, parce que je suis convaincu que le problème du terrorisme ne se résoudra pas en tuant les terroristes, mais en éliminant les raisons qui les rendent tels. »

Une phrase qui fait écho au contexte actuel, et qui évoque les politiques haineuses : « Notre métier (les journalistes) consiste aussi à simplifier ce qui est compliqué. Mais on ne peut pas exagérer, Oriana, en présentant Arafat comme la quintessence de la duplicité et du terrorisme, en désignant la communauté des immigrés musulmans chez nous comme le berceau des terroristes. Tes arguments vont être utilisés dans les écoles, mais crois-tu que les Occidentaux de demain, élevés dans ce simplisme intolérant, seront meilleurs ? ».

Enfin :

« Le genre d’avenir qui nous attend dépend de ce que nous ferons, de comment nous réagirons à cette horrible provocation (le 11 septembre), de comment nous verrons notre histoire actuelle à l’échelle de celle de l’humanité. Tant que nous penserons avoir le monopole du « Bien », tant que nous parlerons de notre civilisation comme de la civilisation en ignorant les autres, nous ne seront pas sur la bonne voie. »

Ce recueil de « Lettres contre la guerre » devrait être mis entre toutes les mains, porter à la réflexion chacun d’entre nous. Dans son approche de la pensée, il se rapproche pour moi de la pensée bouddhiste. Il rapproche l’économie, la guerre, l’écologie : tout cela est imbriqué, qu’on le comprenne ou non. C’est sans doute une de mes plus belles découvertes de cette fin d’année. J’en reparle bientôt.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.