42 km 195, de Bernard Thomasson

«Courir est mon plaisir. Une échappée belle à portée de jambes. Courir est un besoin. Une bulle qui suspend la vie. Courir offre une liberté insolente. Une ligne de fuite. Mais courir peut rendre prisonnier. Moi, courir m’a sauvé.» Pendant 42 km 195, le héros emmène le lecteur sur le parcours mythique du marathon de Paris, kilomètre après kilomètre. Ce roman est aussi un voyage historique depuis la bataille de Marathon, un tour du monde de 42 courses parmi les plus réputées de la planète, une promenade philosophique dans la tête d’un sportif, et une aventure humaine faite des élans, des doutes, des joies et des douleurs d’un coureur pas comme les autres.

Dans ce roman sorti en 2015, le narrateur, Philippe, est un homme « comme les autres », excepté qu’il a subi une greffe du coeur quelques années avant de participer au marathon dans lequel il nous entraîne. Nombreux sont les coureurs qui ont décidé de se lancer dans la course à pied, aka le running, suite à un accident qui a failli leur coûter la vie. Nombreux sont ceux qui l’ont fait suite à la perte d’un être cher, pour fuir, s’entretenir, se maintenir en forme. Bernard Thomasson nous emmène sur les traces, ou plutôt dans la foulée d’un de ces personnages qui vous touchent d’emblée, parce qu’ils sont en train d’accomplir l’impossible ou l’inimaginable. On a tous besoin d’un héros…

Chaque chapitre est un kilomètre, et chacun des 42,195 kilomètres de ce marathon incroyable est une petite bouchée de la vie de Philippe, de ses rêves, mais aussi de l’histoire de la course à pied. C’est ainsi qu’il nous parle de son propre héros, celui qui l’a entre autres poussé à s’engager sur ce chemin : Benedict Maverick. On apprendra que ce personnage incroyable, magnifique, charismatique tant par son parcours que dans les récits que le narrateur nous rapporte, qu’il a participé à 42 marathons dans sa vie, avant de s’effondrer. Sorte de mise en abîme, d’écho, ce double récit imbriqué des personnages rend plus palpitant encore l’événement qui est en train de se dérouler.

On ne peut croire à une issue fatale, on craint pourtant l’effondrement du narrateur tout au long du livre, comme un écho macabre et prévisible. On court avec lui, on se réconforte de chaque bouteille d’eau sucrée apportée par son épouse, on encaisse les conseils de sa coach, notre coeur palpite au rythme du sien, enregistré par celui qui lui a transplanté le coeur de cet inconnu qui ne sera pas mort pour rien.

Le roman est par ailleurs une mine d’or pour ceux qui voudraient aller plus loin dans leur boulimie de lecture sur le running (comme moi). Certains livres sont très connus, ou bien connus des initiés, d’autres font partie de ces romans qui nous ont échappé, et qui parlent pourtant si bien de la course à pied, sans qu’on l’ait remarqué au moment où on ne s’y intéressait pas soi-même.

42 km 195 est en tout cas un roman passionnant, palpitant, et surtout écrit (ça se sent), par un coureur, à l’attention de tous ceux qui courent, ou qui pourraient bien s’y mettre… il deviendra, j’en suis sûre, une référence littéraire pour beaucoup de passionnés… de sport, ou de littérature tout court.

42 km 195, de  Bernard Thomasson, Flammarion, mars 2015, 295 pages, 18 euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.