Aveu de faiblesses, de Frédéric Viguier

« Je suis laid, depuis le début. On me dit que je ressemble à ma mère, qu’on a le même nez. Mais ma mère, je la trouve belle. »

Voilà ce que les éditions Albin Michel nous donnent à croquer pour nous mettre en appétit, au dos de ce livre signé Frédéric Viguier, l’auteur de Ressources inhumaines. Je ne pourrais vous parler de son premier livre, j’ai complètement loupé cet auteur jusque-là. Mais vous connaissez peut-être déjà sa plume, qui visiblement possède un grand talent pour le roman social.

C’est ce qui ressort de cette histoire où Yvan, un adolescent moqué pour sa laideur et sa différence, est accusé du meurtre de son petit voisin. On y découvre une mère passionnée par les sculptures éphémères, qui par-là peut-être cherche à parfaire ce qu’elle a raté, son fils si laid, tout en l’enlaidissant encore davantage puisqu’il est chargé d’ingurgiter ensuite la matière première de ces mêmes statuettes animales : le beurre. On hérite, une fois encore, de ce qu’on peut.

Le lecteur peine à entendre le père, qui pourtant s’époumone de bons conseils : ne plus manger autant de beurre, ne plus manger autant de camembert, mais enfer découvrir ce qu’offre de mieux la puberté, c’est-à-dire la délivrance de l’acné. Ce père, pourtant, prendra peu à peu sa place dans le roman, d’une façon inattendue.

Mais c’est surtout le personnage d’Yvan qui tient la meilleure part de ce roman. Il prend de l’ampleur, s’étoffe à mesure qu’il étouffe, se façonne et fascine plus encore, se libère à mesure que l’étau se referme. Il s’agit bien là d’un véritable personnage romanesque, empruntant tantôt aux grands condamnés de la littérature (on pense à Victor Hugo, ou Bernard Malamud), tantôt aux aliénés du cinéma, dont il ne faudrait citer qu’un seul nom en tête, ce qui gâcherait parfaitement le plaisir et le suspens de ce roman.

Le seul défaut de ce livre est peut-être qu’un an après la sortie de Trois jours, une vie de Pierre Lemaître, on trouve que celui-ci lui ressemble trop. Sa qualité étant sans doute qu’il le surpasse, parfait son mystère, magnifie son jeu de dupe. Aussi, s’il n’avait fallu lire qu’un des deux, j’aurais pris celui de Frédéric Viguier, n’en déplaise à Pierre Lemaître que j’adore.

C’est une très belle première lecture en ce début d’année. Un auteur qui confirme qu’il faut le suivre de près….

Aveu de faiblesses, de Frédéric Viguier, Albin Michel, Janvier 2017, 224 pages, 18 euros.

Articles relatifs :

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.