Le jeune homme & la nuit par Le Collectif Øpéra

Certains s’en souviennent peut-être : il y a quelques années je vous parlais (beaucoup) d’un ovni qui fut l’un de mes gros coups de coeur de 2013. Pour la peine, je vous ai montré leurs clips, j’ai commenté leur album, pris des photos, vu leur concert au Point Ephémère, et j’ai même eu droit à une interview. Ok ok… tout le plaisir était pour moi.
Pour rappel, Moongaï, c’était ça :

Voyez-vous, c’est que Moongaï n’a pas disparu de la circulation. Point du tout et si vous voulez mon avis, c’est pas étonnant : Eva et Gregory sont deux passionnés. Après avoir collaboré avec C2C et Dj Snake et sorti un album aussi génial que Cosmofamille, ils ne pouvaient pas s’arrêter en si bon chemin.
En 2015, Eva&Greg ont fondé un collectif nommé Collectif Øpéra. La nouvelle ne s’arrête pas là, puisqu’ils se sont lancés dans un projet gigantesque, à savoir un opéra musical, filmique, chorégraphique, bref une oeuvre d’art total nommé Le jeune homme et la nuit.

Le Jeune Homme et la Nuit est le récit d’un parcours initiatique. De l’été de ses 25 ans, à la rencontre – un an plus tard – d’un nouvel ami et de sa mère, notre héros va vivre une période fondamentale de son existence. Entre errances et rencontres, expériences extrêmes et épreuves, il va découvrir ce qui fera de lui l’homme qu’il va devenir. Chants, musiques électroniques et orchestrales, percussions tribales, cinéma en vue subjective, théâtre, scénographie mouvante, lumières atmosphériques, dessins, chorégraphies seront les complices d’une narration singulière.
Voici le clip de présentation :

Pour ce faire, ils se sont entourés d’un nombre incroyable de bénévoles, ont levé des fonds pour financer le projet (Le Collectif Øpéra est en résidence à la Maison des arts de Saint-Herblain pendant 16 mois pour mener à bien sa création. Ce projet bénéficie d’un accompagnement financier de Mécènes pour la musique.), et se sont donnés bien évidemment à fonds pour quelque chose qui est en cours d’aboutissement, et dont ils nous ont présenté un extrait cette semaine.
J’ai donc eu la chance de me rendre aux Jardins d’Artois (Paris 8e) où l’on a été accueillis dans une salle superbe, par de nombreux artistes dont Eva&Greg.
Avant  d’aller plus loin, je pense qu’il faut préciser une chose : à mon sens, plus un projet est ambitieux, plus il risque d’être beau, grandiose et réussi si il est bien porté. Le jeune homme & la nuit fait partie de ces projets, et surtout de ces oeuvres qu’on a envie de soutenir parce que l’enjeu n’est pas commercial ou mercantile. Ce projet a du sens, et un sens à la fois humble et noble, porté par deux passions à l’imagination débordante. Enfin, avec tout ça, je tiens à préciser avant tout le reste que malgré la richesse de ce projet, il ne s’agit pas d’une oeuvre qui part dans « tous » les sens. Elle fait « appel » à tous les sens, mais en allant dans une direction bien précise.
LE projet, j’ai décidé de le nommer ainsi (précieuse langue française), est très complet puisqu’il est musical, disais-je, cinématographique, théâtral, graphique, et Ô combien généreux et intelligent.
Côté musique, on retrouve l’inspiration électronique bien évidemment (que je déguste en avant première sur un EP fabuleux qui ne sortira que le 17 mars prochain en digital), mais aussi de la musique de chambre, avec un quatuor à cordes sublime. Pour le coup, j’ai eu la chance de découvrir deux titres lors de cette soirée, qui ont été interprétés par le quatuor et Eva, en acoustique. Miam. Les mélodies vous restent dans la tête, les paroles sont inspirées, le tout vous emmène dans un univers aux petits oignons.

LE projet qui est au coeur de tout ça, c’est l’opéra, qui sera joué le 11 janvier 2018 à Nantes. Après, LE projet a des satellites, et ça ne fonctionne pas comme les emplois fictifs : tout a son utilité, son intérêt, sa joliesse.
Il y a donc : l’album, le concert qui va avec, un film, du théâtre sur scène pendant l’opéra, des expos, une nouvelle illustrée, une application smartphone, un site web interactif… et tout cela fait d’une manière absolument intelligente et plaisante.

Côté dessin/illustration
Alors voilà une rencontre formidable. Je découvre, donc grâce à Eva&Greg et leur Opéra ambitieux, deux illustrateurs dessinateurs qui exposaient là justement 4 grandes œuvres intrigantes, saisissantes. L’une d’entre elles m’a retournée le cerveau tellement elle était belle et frappante. Leur nom, c’est A deux doigts. :)

Ces deux là travaillent ensemble et d’une façon redoutable : ils dessinent à la mine de plomb. Autant dire qu’ils n’ont pas le droit à l’erreur. Leurs oeuvres, que vous pourrez voir sur leur site internet, http://adeuxdoigts.fr/, parlent d’emprisonnement, de racines, de liberté, d’arrachement, d’attachement, d’empêchement, de ce qui questionne et bouleverse.

Ils ont travaillé la couverture de l’EP, et il y a dans cette illustration quelque chose de Jérôme Bosch, avec quelque chose qui leur appartient pourtant. Parfois, on peut y voir quelques symboles qui reviennent dans leur oeuvre. Pour avoir un (immense) aperçu de ce travail, le mieux est peut-être de vous rendre ici : http://www.collectifopera.fr/

Animation/graphisme
J’ai eu l’opportunité d’approcher une autre oeuvre, celle de Thomas Pons et Julie Stephen Chheng. Il s’agit de petits dessins étalés sur une table. Bien sûr, on peut se contenter de regarder ces dessins comme ça, et c’est déjà superbe puisqu’ils sont très inspirés Japon, et que j’y ai retrouvé un petit quelque chose de Hayao Miyazaki (Le voyage de Chihiro, Princesse Mononoké). Si en plus vous vous munissez de l’application qui va avec l’exposition, et que vous orientez votre écran vers chacune des petites illustrations, vous les verrez… s’animer !
Gregory m’a précisé que ces dessins étaient entièrement faits à la main, donc, soit dit en passant, chaque animation représente des jours et des jours de travail. Des jours qui ont peut-être été mis à profit lors de leur résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto.
Au-delà de l’aspect héroïque de la chose, il y a toute une dimension philosophique qui colle bien avec l’idée de LE projet. héhé. Aujourd’hui, quand les gens vont au concert, au musée, ou… n’importe où à vrai dire, leur premier réflexe est de filmer ou de s’accaparer l’oeuvre fixée au mur à coup de smartphones. Ce qui est génial avec ces dessins qui s’animent, c’est qu’elles ne peuvent être figées, et qu’il ne sert à rien de les photographier sur la table, puisqu’elles ont un moindre intérêt lorsqu’elles sont fixes. Donc, paradoxalement, on se retrouver à porter entre son regard et l’oeuvre un appareil numérique qui n’est pas là pour voler, emprisonner, figer une oeuvre, mais pour lui donner vie de manière totalement éphémère… puisque sitôt éteint ou déplacé, l’oeuvre reprend sa forme d’origine. Du-gé-nie ! A mort l’instantané !

Je pourrais vous parler des heures de ce projet qu’est Le jeune homme & la nuit. Ce que je peux dire, c’est que c’est une belle promesse d’oeuvre grandiose et généreuse, qu’il faut y être attentif car elle promet, elle, de nous dire grand sur ce qui se passe, qu’il faut ouvrir les yeux, les oreilles, et l’esprit à ce qu’elle a et aura à nous offrir. A mon avis, je n’ai pas fini d’en parler ici, sur les réseaux sociaux, et autour de moi. Vous n’aurez qu’à suivre le guide !

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.