Churchill et la France, une relation singulière

le parcours d’un historien

 

Ancien élève de l’Institut d’études politiques de Paris, Christian Destremau  est un historien de la Seconde Guerre mondiale ainsi qu’un fin connaisseur de la culture britannique : on lui doit par exemple une excellente magistrale de Lawrence d’Arabie (Perrin, 2014). On lui doit deux  essais, Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale (Perrin, 2011) qui décortique les liens entre les nazis et le grand Mufti de Jérusalem qui été salué par la critique, et surtout Ce que savaient les Alliés (Perrin, 2007), livre sur la connaissance par les alliés de la Shoah et  qui a rencontré un beau succès public. Ici, Christian Destremau s’attaque à un monstre sacré de l’Histoire, Winston Churchill et à la relation qu’on dit si souvent singulière  qu’il a cultivé vis-à-vis de notre cher et vieux pays.

 

Un anglais face à la France

 

Que nous dit ici Christian Destremau ? Que Churchill, souvent décrit, par ses adversaires en particulier, comme un francophile invétéré, était beaucoup plus nuancé que cela. Comme nombre de rejetons de l’aristocratie anglaise, le jeune Winston a appris le français, non sans difficultés (et pour plaire à sa mère Jennie). Au début de sa carrière politique, dans le sillage de Lloyd George, Churchill est beaucoup plus intéressé par l’Allemagne, en particulier son modèle d’assurances sociales qu’il rêve de transposer en Grande-Bretagne. Jusqu’à sa nomination comme premier lord de l’amirauté, il n’est pas un chaud partisan de l’Entente Cordiale. Ensuite, il se retrouve cependant à engager des conversations stratégiques avec les Français sans l’autorisation de son gouvernement et qui vont créer une situation qui, moralement, oblige les Britanniques à intervenir en août 1914 (sur cette question, lire Les Somnambules de Christopher Clark, traduit chez Flammarion en 2013).

 

Un modèle et un repoussoir

 

Lors de la Grande Guerre, Churchill, qui ne connait de la France que ses grands hommes (Turenne, Napoléon, Jeanne d’Arc…), va dans les tranchées et rencontre des poilus, qui l’impressionnent par leur courage, et des officiers dont il dresse des portraits à charge (Joffre surtout). Un homme va influencer son comportement selon Destremau, c’est George Clemenceau. Le Tigre l’impressionne par sa volonté et son caractère trempé, sa résolution face aux allemands contribuant en 1918 à la victoire finale. Durant l’entre-deux guerres, Churchill se rend souvent à Paris, fréquente des politiciens comme Flandin ou Blum, garde confiance dans l’armée française… Une confiance trahie par la défaite de 1940. Churchill se sent cependant coupable de ne pas avoir fait assez pour la France. La bonne réception qu’il réserve au début à de Gaulle est à lire, selon notre auteur, à l’aune de cette culpabilité. Pourquoi pas. Reste qu’on sent un fiel antigaulliste dans les dernières pages de cet ouvrage qui nuit à la qualité d’un livre toujours intéressant et parfois passionnant.

 

Sylvain Bonnet

 

Christian Destremau, Churchill et la France, Perrin, janvier 2017, 380 pages, 24 €

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