Ghost in the Shell, de Rupert Sanders

Ghost in the remake ?

Dans un futur proche où l’amélioration des humains se fait par la cybernétique, l’apparition du Major fusion de l’homme et de la machine est une révolution. Sauvée d’un destin funeste par une opération jamais réussie jusqu’alors, elle intègre une section de contre-espionnage. Jusqu’où jour où elle découvre l’invraisemblable vérité qui fera effondrer son univers…et sa confiance.

L’œuvre de Masumane Shirow n’a cessé de fasciner plusieurs générations de lecteurs en dépit d’un récit lourdement handicapé à la fois par des procédés racoleurs et un verbiage technologique souvent sans intérêt. Pourtant de cette série de papier est né l’un des chefs d’œuvre majeurs du cinéma de science-fiction, porté à l’écran par la maîtrise d’un Mamoru Oshii en état de grâce. Son long métrage avait convaincu bon nombre d’autres cinéastes de Kubrick à Cameron et devenait par là même le digne successeur de Blade Runner. Le culte voué alors à l’animé amènera une série de qualité et bien sûr une superbe suite Innocence en 2001.

L’annonce d’un remake hollywoodien laissait craindre le pire, les nécessités du box-office étant à même de balayer les qualités intrinsèques de l’œuvre d’Oshii, sa poésie contemplative, sa réflexion et son refus quasi constant de l’esbroufe. Pour dissiper les doutes, Rupert Sanders, déjà auteur d’un honnête Blanche Neige et le chasseur, n’hésite pas à remanier en grande partie le film d’origine. Il axe ainsi le scénario sur les origines de l’héroïne interprétée assez efficacement par Scarlett Johansson. Il préfère puiser dans les éléments marquants des deux long-métrages d’Oshii et de la série Stand Alone Complex. Résultat, bien qu’il soit loin d’accoucher d’un chef d’œuvre impérissable, il arrive cependant à tirer son épingle du jeu. Certes deux gros points noirs pointent leur nez rapidement : les passages copié collé sont ici flagrants et la thématique implicite devient carrément explicite ce qui a pour conséquence de rabaisser l’œil du spectateur. Pourtant malgré ces défauts, Sanders fait preuve d’habileté tant en maniant un script fonctionnel et un scénario efficace (bien plus compréhensible d’ailleurs que le film original). L’exposition sans être virevoltante est assez bien menée. En outre la poésie d’Oshii transpire par moments, comme si son ombre malgré elle planait voir hantait une partie de l’action. Enfin, prouesse technologique ou véritable inventivité, force est de constater que la reconstitution du Néo Tokyo s’avère bluffante de réalisme : Sanders parvient à recréer par à coup l’ambiance urbaine fulgurante d’un Blade runner, d’un Minority Report ou du Ghost in the shell original.

S’il n’est pas avare dans des envolées spectaculaires que reniait son prédécesseur, ce Ghost In the Shell a au moins le mérite d’incarner un produit efficace et d’essayer d’avoir un contenu à la hauteur de l’emballage. Bien loin d’égaler l’ambitieuse odyssée de Mamoru Oshii, Rupert Sanders parvient néanmoins à proposer une vision digne d’intérêt, certes véhiculant le spectateur dans une réflexion transhumaniste inquiétante à défaut de le transporter totalement.

Film américain de Rupert Sanders avec Scarlett Johansson, Pilou Asbaek, Michael Pitt. Durée 1h47. Sortie le 29 mars 2017

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre