Histoire du Canada, un Eden caché?

L’historien de l’Amérique du nord

 

Professeur émérite de civilisation nord-américaine à Paris 3 Sorbonne, Jean-Michel Lacroix a consacré de nombreuses publications aux Etats-Unis et au Canada : on lui doit en particulier une Histoire des Etats-Unis (PUF, 1996 et réédition 2013) très prisée par les étudiants. Il a consacré une large part de ses recherches sur le multiculturalisme canadien et de l’immigration. Il livre ici une Histoire du Canada chez Tallandier, somme de ses études précédentes.

 

De Champlain et Montcalm…

 

Fondé par des français, le futur Canda est une des seules colonies de peuplement du Royaume de France et sa faible population fait pâle figure face à la masse démographique des colonies anglaises (60 000 personnes contre 1 500 0000 en 1756). Malgré des victoires et une résistance acharnée, la France plie et cède les arpents de neige dénigrés par Voltaire (pas toujours très inspiré) à la couronne britannique. Celle-ci conserve l’organisation sociale française (les campagnes sont partagées en seigneuries) et confirme les privilèges de l’église catholique. De fait, les futurs québécois restent fidèles à l’Angleterre durant la guerre d’indépendance américaine. Reste que la colonie est marquée par l’opposition entre francophones et anglophones, ces derniers accaparants pouvoirs économiques et politiques.

 

…A Trudeau père et fils

 

La confédération canadienne, en expansion à l’Ouest, obtient finalement le statut de dominion en 1867. Le Canada se développe, profitant de ses matières premières et de l’expansion du chemin de fer. Il souffre cependant de son caractère dualiste, divisé entre francophones (ultra-majoritaires au Québec mais aussi présents au nouveau Brunswick ou à l’est de l’Ontario) et anglophones, ces derniers renforcés par les vagues migratoires. Le vingtième siècle voit le pays participer aux deux guerres mondiales et s’affirmer sur la scène internationale, grâce en particulier au libéral Pierre-Eliot Trudeau. Après deux référendums, le Québec semble pour le moment avoir renoncé au rêve (chimère ?) indépendantiste. Durant ces dernières décennies, le muticulturalisme s’est affirmé dans la confédération, particulièrement envers les musulmans avec la pratique des « accommodements raisonnables » très critiqués au Québec et surtout en Europe. Au fond, quelle identité pour un Canada (et un Québec) en pleine mutation ? L’élection de Justin Trudeau, après les mandats très conservateurs de Stephen Harper, montrent en tout cas que le Canada est capable de suivre sa propre voie, à rebours de la « droitisation » actuelle de l’Occident. A lire, tant le sujet est passionnant et le pays fascinant.

 

Sylvain Bonnet

 

Jean-Michel Lacroix,  Histoire du Canada, préface de Paul-André Linteau, Tallandier, octobre 2016, 480 pages, 24,50 €

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