La Frontière invisible, de Kilian Jornet

La frontière invisible, de Kilian Jornet

Après le succès international de son premier ouvrage  » Courir ou Mourir « , Kilian Jornet a repris sa plume et propose  » La frontière invisible « . Un livre où le prodige catalan expose sans ambages sa passion de la montagne, son attirance pour les sommets et pour les nouveaux défis les plus insensés : records d’ascension du Mont-Blanc, du Cervin, etc.

 

J’ai eu un réel plaisir à lire, et même dévorer « Courir ou mourir » de Kilian Jornet. C’est donc tout naturellement que je me suis ruée sur son dernier livre, La frontière invisible, toujours chez Arthaud (poche). C’est ainsi que je me plonge depuis quelque temps dans un domaine qui n’est vraiment pas le mien, et même, qui m’est interdit par le vertige qui me possède : la montagne. Car Kilian Jornet, en plus d’être un traileur et un coureur magnifique, aux multiples exploits, est aussi skieur alpiniste. Ce gars-là, il aime la vitesse, la puissance, mais aussi les sommets. Autant vous dire que ça m’impressionne grandement.

Son livre est une variation sur plusieurs hypothèses : celle de la réalité, de son expérience et de ses souvenirs (parfois douloureux), et celle des multiples possibles. Ainsi, une partie du livre est une fiction, mais on ne saura pas vraiment laquelle, quand bien même on peut aisément déchiffrer ce qui fait partie de la triste réalité par ailleurs.

Ainsi le livre de Kilian parle de deuil, de joie, d’espoirs, de rêves surtout (et que sommes-nous sans nos rêves, ou quand nous les avons tous accomplis ?), de liberté avant tout, de solitude et d’humilité. Il balaie avec une aisance déconcertante les domaines de la technicité sportive, de la philosophie, et du rapport de l’homme à la nature et aux autres.

Alors non, il ne s’agit pas d’un livre de sportif sur le sport : il est tout sauf ça. On dit souvent qu’il ne faut pas courir pour maigrir, mais maigrir pour courir. C’est quelque chose qu’on peut ressentir un peu dans ce livre : si on veut partir le coeur léger, et aller loin, il faut d’abord s’alléger. Et non fuir pour oublier ce qui nous alourdit le corps et l’esprit. La discipline sportive quelle qu’elle soit, on le comprend à travers ses pages, n’est pas un moyen ni une fin en soi, c’est un lieu et une condition qui interagit dans les deux sens. Mieux on est, plus on est performant. Plus on est heureux de sa performance, plus la vie devient facile et légère.

Je recommande vivement cet ouvrage que je relirai encore et encore pour ma part, tant il est riche de sens. Kilian Jornet est né en 1987 et, quelque part dans le livre, il nous dit qu’il a déjà réalisé tous ses rêves. Ailleurs, il nous dit que parfois, les alpinistes se disent que là-haut, une fois le sommet atteint, ils peuvent mourir en paix. Le livre paraît cette année où Kilian Jornet a réalisé deux fois en une semaine l’exploit de gravir l’Everest sans oxygène. Quelques semaines plus tôt, c’est Ueli Steck qui perdait la vie sur l’un des flancs de cette montagne.

La frontière invisible, Kilian Jornet, Arthaud poche, 2017.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.