CAT 215, enfer guyanais

Une croisade

« Pourquoi aimes-tu le polar ? Il n’y a que des morts et c’est sordide… » Églantine… Voici ma cible, celle que je dois convaincre de l’utilité du genre. Elle est rétive, elle rêve à autre chose, à un ailleurs qui se dérobe, tandis que le roman noir c’est le choc du réel… Et voici CAT 215, un mini roman d’Antonin Varenne, auteur de Trois mille chevaux (Albin Michel ,2014) et de Battues (La manufacture de livres, 2015), jeune auteur peu connu mais défendu par Marianne, pas le pire des hebdos généralistes. L’occasion de convaincre Églantine ?

Gagner du fric

Marc est un jeune mécanicien qui vit avec sa famille dans une ferme, à court d’argent. Un de ses anciens camarades, Julo, l’appelle et lui propose un boulot en Guyane, pays où il a déjà travaillé, plutôt bien payé. Malgré les objections de Stef, sa femme, il accepte et part là-bas. Marc doit rejoindre dans la jungle un ancien légionnaire nommé Jo qui devait convoyer une pelleteuse Caterpillar. Malheureusement, elle est tombée en panne et appeler un mécanicien par des voies normales risquerait d’attirer l’attention des autorités sur l’activité des commanditaires, des orpailleurs… Marc arrive là-bas et effectue ses réparations, sous l’œil malade de Jo et de son coéquipier brésilien. Pas sûr qu’il en sort vivant…

 

Il fait chaud…

Que dire de CAT 215 ? Il fait très chaud dans la jungle. La situation de la Guyane française et de ses habitants est difficile. À un moment, on sent qu’Antonin Varenne a vu Apocalypse Now de Coppola et a envie de faire de son min-roman un récit initiatique violent, avec de profondes réflexions sur la nature humaine. Sauf que ça ne marche pas, le lecteur s’ennuie. Tant pis, Antonin Varenne, qui sait par ailleurs manier le récit à la première personne et poser un décor, peut s’améliorer. Sauf que

 

Sauf qu’Églantine hausse les épaules. Laisse échapper un petit rire.

-C’est raté pour cette fois, hein ?

-Pour cette fois seulement.

Oui, Églantine. Attends un peu. Attends que je te parle de Manchette et de Fatale. Ou que je te dégote un roman récent, un vrai noir. Quelque chose qui fasse vibrer. Là, je te ferai changer d’avis. Églantine, je ne te lâcherai pas.

 

Sylvain Bonnet

Antonin Varenne, CAT 215, la manufacture des livres, mai 2016, 95 pages, 9 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.