La chute de l’empire romain, un débat contemporain

 

un historien de l’antiquité tardive

Professeur émérite d’Histoire romaine à l’université de Limoges, Bertrand Lançon s’est spécialisé dans l’étude des IVe et Ve siècles de notre ère, principalement les aspects politiques et religieux. On lui doit par exemple une excellente biographie de Théodose (Perrin, 2014). Dans la lignée d’Henri-Irénée Marrou et Peter Brown, Lançon étudie l’Antiquité tardive sous l’angle de la continuité et non de la rupture, de la chute à l’instar d’une école historiographique dont André Piganiol fut le plus illustre des représentants. La chute de l’Empire romain brasse donc logiquement tous ces thèmes.

Contre les idées reçues

L’ouvrage de Bertrand Lançon se veut une réponse à l’ouvrage de Bryan Ward-Perkins, La chute de Rome (Alma, 2014 puis Flammarion, 2017) : dans ce dernier ouvrage, l’historien britannique reprenait l’idée d’une chute de l’empire brutale et violente, dans sa partie occidentale, arguant de la chute des échanges commerciaux, du recul de la circulation monétaire et de l’abandon de certains modes de construction. Bertrand Lançon conteste sa méthode, démontre que les royaumes barbares ont repris une large part du cadre administratif romain en s’appuyant sur les élites locales romanisées de longue date. Il s’agit d’un débat passionnant, dans lequel on peut lire et décrypter une partie de nos angoisses contemporaines, sur l’accueil des migrants et l’attitude à adopter face à l’Islam notamment. Vivement recommandé.

Sylvain Bonnet

Bertrand Lançon, La chute de l’empire romain, Perrin, septembre 2017, 352 pages, 22 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.