La voix de Cabo, Catherine Baldisserri

La voix de Cabo est un des nombreux premiers romans de cette rentrée littéraire 2017, et il est publié par les Editions Intervalles. Déjà, on avait remarqué il y a quelques années que cette maison (et son maître Armand de Saint Sauveur) avait un talent particulier pour dénicher les perles rares. Souvenez-vous, c’était avec Rachel Vanier et son Hôtel International (elle vient d’ailleurs de publier un second roman, Ecosystème).

Catherine Baldisserri nous propose de nous emmener ici en Uruguay, dans les années 70 pour suivre l’histoire de Teresa Monti, ainsi que d’autres personnages qui ont le mérite de marquer l’esprit du lecteur par leur singularité et surtout leur force. Afin de mieux comprendre d’où vient Teresa, l’auteur nous donne un aperçu de la vie de son père, puis de l’adolescence de Teresa, et de l’ambiance qui règne dans cette famille qui a réussi à investir et s’établir un jour sur les ramblas de Montevideo par un hasard plutôt chanceux.

Un jour, Teresa décide de s’affranchir tout à la fois de son destin et de sa famille en suivant par amour un mystérieux télégraphiste du nom de Damaso. Le livre, qui avait commencé presque comme un conte, se fait tout à coup dépaysant, vous transporte dans une tout autre ambiance non moins captivante. La jeune Teresa devient la maîtresse d’école du phare où subsistent de la pêche quelques rares familles. Transmettre le savoir, après avoir fui un destin qui ne l’attirait aucunement, donne encore un peu plus de force à ce personnage féminin. La suite de l’histoire, lui confère encore plus de poids et de charisme.

Dans ce premier roman, Catherine Baldisserri s’amuse habilement avec les points de vue en donnant voix à chacun des personnages forts de l’histoire. Nous sommes au coeur de la révolution Uruguayenne, et cette partie de l’Histoire contre laquelle se brisent ou se façonnent des milliers de destins résonne avec celui de Teresa Monti. C’est ainsi qu’en quelques 173 pages affutées l’auteur parvient à nous parler de l’un des moments les plus importants d’un pays d’Amérique latine en vous y jetant sur les pas d’un bandit pacifiste, sorte de robin des bois latino, à faire évoluer et parfaire le caractère d’un personnage féminin fabuleux, à vous faire traverser trois générations d’une même famille, à vous faire rêver de diner dans la brasserie de Teresa, et tant de choses qu’il serait indécent de dévoiler trop vite.

L’auteur mêle les vies de plusieurs personnages donc, sans jamais céder à l’écueil de la facilité. Là où vous attendiez un péril, une faute, l’auteur se promène sans tomber, sur le fil ténu de la complexité des rapports humains.

Vous rêverez de visiter un jour Cabo, cet endroit tragique où domine un phare qu’on ne peut abandonner, faute de laisser d’innombrables âmes s’échouer et vaciller contre les vagues, le temps, l’absence et la tempête. Vous rêverez d’en rapporter une anecdote pour porter à votre tour la Voix de Cabo, où tout se tisse à fleur de peau, au souffle du vent.

A n’en pas douter, l’un des premiers romans à lire en cette rentrée.

La voix de Cabo, Catherine Baldisserri, Editions Intervalles, 16 euros, 173 pages, Aout 2017.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.