Les ombres de Canyon Arms

Retour aux racines ?

Le roman noir, pour beaucoup, ce sont des femmes fatales, des verres de Whisky et une atmosphère poisseuse et moite dans laquelle vient s’échouer des personnages brisés par la vie. Raymond Chandler, Jim Thompson ou Hammett bien sûr excellaient à créer ce type d’histoires. Megan Abbott, auteur d’Adieu Gloria (Le Masque, 2011) qui remporta le prix Edgar Allan Poe, avait visiblement envie de rendre hommage aux grands anciens en écrivant Les ombres de Canyon Arms. Simple  hommage ou tour de force ? Et je te vois, Églantine, en train de feuilleter Abbott : vas-tu l’aimer celui- là ?

Douce folie

Penny Smith a débarqué à Hollywood en rêvant de devenir une star de cinéma. Elle végète en tant que maquilleuse pour les studios Republic, est la maitresse d’hommes qui la traitent plutôt mal. Penny emménage dans un bungalow dans Canyon Arms. Mais elle a du mal à s’y habituer, malgré l’accueil de ses voisins, Benny et M.Flant. Certaines nuits, elle entend des bruits étranges à travers la cloison, comme si quelqu’un voulait la contacter. Elle apprend bientôt que ce bungalow a été loué il y a des années par un certain Larry qui s’est suicidé en se mettant la tête dans le four. Quant à la propriétaire du bungalow, madame Stahl, elle était folle amoureuse de Larry et garde des livres qu’il lui avait offert comme de précieux talismans. Penny angoisse et se demande si cette madame Stahl n’est pas en train d’essayer de la rendre folle…

Un hommage réussi

Force est de reconnaître que Les ombres de Canyon Arms fonctionne bien. D’une lecture fluide et agréable, ce court roman réussit avec brio à nous transporter dans la Californie des années 50 et flirte parfois avec le fantastique. Ce va et vient constant de l’ambiance entre roman noir et fantastique est assez risqué mais fonctionne bien ici. On recommande donc Megan Abbott.

 

Églantine repose le livre en souriant.

-Ça a l’air bien mais c’est plus pour toi que pour moi.

-Pourquoi ?

Elle rit.

-Les femmes fatales, voyons…

Et elle s’en va. Un jour, je t’aurai, Églantine. Un jour, je te ferai aimer un polar. Entre autres.

 

Sylvain Bonnet

Megan Abbott, Les ombres de Canyon Arms, traduit de l’anglais (États-Unis) par Aline Weil, Ombres noires, 126 pages, 8 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.