Polichinelle mouillé, un monde englouti

La nostalgie du camarade

Ah Fajardie… Avec lui, ce sont les belles années de toute une génération de lecteurs de romans noirs, généralement de gauche, qui ressuscitent sous nos yeux ébahis de rédacteur de critiques à destination de la génération des « millennials » qui ne connait rien au monde d’avant. D’avant la chute du mur, du choc Est/Ouest, des guerres du rock aussi… Expliquer à un jeune d’aujourd’hui combien il était vital d’aimer Bowie à vingt ans relève de la gageure. Lui démontrer aujourd’hui l’intérêt de Fajardie, malgré ses limites, sera la croisade du critique blasé et toujours nostalgique de sa jeunesse perdue.

Un tueur en série sympathique

Un vieil homme, en deuil de sa femme, se met à jeter des gens sous les rames du métro. Parfois sans raison, parfois aussi pour protéger une jeune fille des assauts répétés d’un dragueur lourdingue et prêt au viol. Le commissaire Padovani et toute sa fine équipe est sur l’enquête. Et tombe sur un os : quelle est la motivation du tueur ? Que cherche-t-il ? Padovani a un autre problème : la superbe jeune fille qui a été préservée d’une mésaventure s’est amourachée de lui ! Pendant ce temps, les meurtres continuent…

Un ton très particulier qui séduit

Polichinelle mouillé, court roman de 160 pages, un série noire d’antan en somme, séduit le critique blasé. Malgré, cher lecteur, certaines faiblesses : intrigue un peu schématique (voire téléphonée, me souffle mon ami Sébastien), personnages rapidement esquissés. Pourtant la magie opère, celle du noir : même sous une forme abâtardie – car l’auteur de ces lignes privilégie le style behavioriste et janséniste de Jean-Patrick Manchette -, on est ici dans un univers de roman noir, où le monde est corrompu et où le héros, détective ou flic, ne peut finalement pas grand-chose. Pourtant il se passe des choses. Il y a même de l’amour (ah ! réagit mon amie Églantine. Et oui ma chère, ça existe aussi dans le roman noir). Si on y ajoute une ambiance plébéienne, des dialogues très savoureux, le verdict est simple : ne boudons pas notre plaisir, même si ce vieux gauchiste de Fajardie peut aussi agacer. Pour le jeune d’aujourd’hui, Polichinelle mouillé paraîtra étrange. Pour autant, qu’il s’y intéresse car ce court roman déborde de vie.

 

Sylvain Bonnet

Frédéric H. Fajardie, Polichinelle mouillé, La table ronde vermillon, illustration de couverture d’Aline Zalko, septembre 2016, 165 pages, 7,10 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.