Soleil rouge, un bon direct du droit dans l’estomac

 

Le Sud à l’honneur

Issu du Missouri, Matthew McBride est un jeune auteur américain dont les éditions Gallmeister ont déjà publié en 2015 le premier roman, Frank Sinatra dans un mixeur. On avait remarqué alors un ton humoristique et sans concessions dans sa description de la société américaine et aussi un goût prononcé pour la violence. On peut dire déjà qu’il récidive dans la même veine avec Soleil Rouge.

 

Un seul graal, la méthamphétamine

Dans le comté de Gasconade, seul compte le trafic de méthamphétamine, dirigé par le jeune Jerry Dean et sa bande. Beaucoup de laboratoires ont été montés dans des mobiles homes où la drogue est traitée avant d’être vendue dans la région. Un business profitable contre lequel les flics ne peuvent pas grand-chose. Voilà pourquoi le shérif adjoint Dale Banks, quand il met la main sur les 52 000 dollars de Jerry Dean, décide de garder le magot pour lui. Après tout, il a une famille à nourrir, les études de ses enfants à payer : de nobles causes. Pendant que Banks commet son forfait, son ami le vieil Olen Brandt est blessé et sa chienne tuée. Quant à Jerry Dean, il redoute le moment où le fils de Brandt, Wade, qui deale de la meth dans la prison d’Algoa, sera libéré… Il y a définitivement quelque chose de pourri dans le comté de Gasconade.

De la came, de la violence, des bouseux 

Soleil rouge décoiffe ! Ce roman de 220 pages, non chapitré, ne se lit pourtant pas d’une traite, tant par moments la plongée dans la psyché des personnages est étouffante. Avec Matthew McBride, le Sud rural en prend pour son grade. Il nous donne une galerie de personnages tarés, défoncés, sexuellement perturbés, névrosés : il y a de quoi faire rêver un psychiatre en quête d’une thèse. Pourtant, ici ou là percent quelques lueurs d’espoirs, comme le personnage d’Olen, vieillard droit et digne, Banks aussi qui incarne, malgré son vol, quelque chose de noble. Voici donc un bon roman noir, bien troussé, qui secoue un peu. L’amateur n’en demande pas plus, non ?

 

 

Sylvain Bonnet

Matthew McBride, Soleil rouge, traduit de l’anglais par Laurent Bury, Gallmeister, janvier 2017, 224

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.