Dévaste moi, avec Emmanuelle Laborit, Mise en scène Johanny Bert

Cela fait bien un paquet d’années que je vais à IVT maintenant. Et j’ai vu du beau, du bon, du fort. Je me souviens par exemple d’Héritages, de Bertrand Leclair, mis en scène par Emmanuelle Laborit, la directrice du théâtre. Il y eut aussi La Reine Mère, Une sacrée boucherie mais aussi les spectacles de Pierre Rigal (Erection, Press) ou encore Absence de la compagnie Dos à Deux. Tous ces spectacles vivants ont laissé une jolie trace au coin de ma tête, et évidemment, sur mon épiderme.

Dévaste moi de Johanny Bert est à ajouter au nombre de ces pièces exceptionnelles, et c’est sans doute une de celles à placer dans le top 3. De source sûre, la pièce plait à tous : sourds et entendants. Et ça raconte quoi ?

Devaste Moi, Emmanuelle Laborit, Copyright Jean-Louis Fernandez

Devaste Moi, Emmanuelle Laborit, Copyright Jean-Louis Fernandez

C’est en quelque sorte un concert, interprété par Emmanuelle Laborit (qui est sourde, on le sait), elle-même accompagnée magistralement par le groupe Clermontois The Delano Orchestra. Ah ceux-là ! Découverts il y a déjà 10 ans aux côtés de Saint Augustine et Leopold Skin, on peut dire qu’ils ont fait un sacré chemin depuis la création de leur label Kütu folk records. Durant 1h20 environ, Emmanuelle Laborit la femme passionnée, libérée, affranchie, explore et vous montre toutes les facettes de la féminité à travers un répertoire de chansons savamment choisies. Les sujets sont abordés avec humour, sans tabous, quand bien même on retient le ton un tantinet politique de l’entreprise. C’est couillu, touffu et drôlement bien fichu.

De l’entrée en scène à la dernière chanson, les costumes sont tout simplement somptueux. Les ré-interprétations musicales de désormais classiques chansons populaires, classiques, de genre sont à tomber. L’énergie qui se dégage de la scène gagne la salle à plusieurs reprises, et celle-ci finit par faire une ovation.

Quand on connaît bien la carrière et l’oeuvre d’Emmanuelle Laborit, on ne peut que louer la rencontre entre l’actrice et le metteur en scène. Ils se sont rencontrés à l’époque de l’excellent Kraff, une autre pièce de Johanny Bert, et depuis, ils avaient en tête ce spectacle. Chacun avec leur talent, en mêlant ce qu’il faut de la vie personnelle de l’actrice (il y a cette référence magnifique à La mouette qui révéla Emmanuelle Laborit il y a bien longtemps), et grâce à la performance incroyable de cette dernière, cette idée géniale est devenue un spectacle sublime.

On ne sait, d’ailleurs, qui sublime l’autre : si c’est l’actrice qui sublime le spectacle, si c’est ce drôle de concert magique (chansigne parfois, danse de boys) qui sublime Emmanuelle Laborit. Le plus sage serait de penser que les deux sont complémentaires, qu’il aurait été indécent de ne pas le réaliser, le monter. En un mot, ce spectacle était fait pour Emmanuelle Laborit, et il ressemble fort à ce qui pourrait s’appeler l’apogée d’une carrière. Ou encore, ce spectacle est si intelligent, si pertinant qu’il ne peut que plaire à la plupart des femmes. L’actrice, sur scène, les incarne toutes, avec humour, auto dérision, et l’immense talent qui est le sien. Allez le voir, réclamez-le dans vos théâtres, appelez partout pour qu’il se déplace jusqu’à vous : vous ne le regretterez pas.

Dévaste moi à IVT jusqu’au dimanche 26/11/2017 à 16h

Mise en scène – Johanny BERT

A partir de 15 ans

Chansigne – Spectacle musical

Articles relatifs :

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.