Les vichysto-résistants, une part méconnue de l’armée des ombres

Historienne de Vichy

 

On doit à Bénédicte Vergez-Chaignon de nombreux ouvrages sur la période de Vichy dont une biographie très complète sur Philippe Pétain, récompensée en 2014 par le grand prix de la biographie politique. Auparavant, elle avait signé une étude très complète sur une catégorie particulière de résistants, Les « vichysto-résistants », c’est-à-dire des hommes et des femmes, antiallemands, patriotes, qui firent un bout de chemin, plus ou moins important avec le régime de Pétain. Parue initialement en 2008, Perrin a réédité dans la collection Tempus cette étude.

 

Qui sont-ils ?

 

S’il est difficile de dégager un idéal-type du vichysto-résistant (et quoi de commun entre Henri Frenay et Pierre Bénouville, François Mitterrand et de Lattre ?), on retrouve des caractéristiques communes. Ils ont tout d’abord ignoré l’appel du 18 juin et ont été hostiles un temps à de Gaulle, lui préférant Pétain, icône patriotique dont on ne voulait pas voir qu’il avait choisi délibérément la collaboration (reste que son cabinet protégea ou encouragea certains futurs vichysto-résistants). Ce sont souvent des anticommunistes, on retrouve beaucoup de militaires, des jeunes gens de bonne famille, des provinciaux (comme François Mitterrand).

 

 

Des illusions initiales à l’oubli

 

Beaucoup partagèrent un temps certaines valeurs de la Révolution nationale et rejetaient la République qui avaient failli en juin 1940. Vichy, que cela soit Pétain ou des membres de son administration, aida certains « résistants », comme Henri Frenay, ou « proto-résistants », comme Loustaunau-Lacau. Pour autant, Bénédicte Vergez-Chaignon insiste bien là-dessus, Vichy ne soutint jamais la résistance mais joua avec certains, jugés idéologiquement proches : c’est le sens de la rencontre entre Pierre Pucheu, ministre de l’intérieur, et Henri Frenay, déjà à la tête de son réseau. Souvent antigaullistes, ces vichysto-résistants furent massivement pro-Giraud, jusqu’à ce que la nullité de leur champion les pousse à rejoindre de Gaulle. Le souvenir des vichysto-résistants fut rapidement oblitéré par la geste mémorielle « Gaullo-communiste », on oublia la complexité des années noires pour ne retenir qu’une vision binaire de la période. C’est pour cela que personne ne comprit au début des années 90 comment Mitterrand avait pu travailler pour Vichy tout en débutant son engagement résistant. Excellente étude, on ne peut que dresser des louanges et la recommander.

 

 

Sylvain Bonnet

 

Bénédicte Vergez-Chaignon, Les vichysto-résistants, Perrin Tempus, septembre 2016, 960 pages, 12,50 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.