Dans l’équipe de Staline, des hommes de l’ombre

Spécialiste du monde slave, auteur de nombreux ouvrages sur la Russie soviétique, Sheila Fitzpatrick reste mal connue du public francophone (on citera Le stalinisme au quotidien paru chez Flammarion en 2002 parmi ses publications les plus notables). Les éditions Perrin traduisent ici un ouvrage de 2015, traitant des relations entre Staline et son équipe, pour en dégager une vision plutôt novatrice de l’exercice stalinien du pouvoir.

 

Un groupe de bolcheviks déterminés

 

Qui étaient les membres de cette équipe ? Citons pêle-mêle Molotov, Kaganovitch, Ordjonikidzé, Mikoïan, Kirov ou Beria. Staline les a groupés autour d’eux pour vaincre Trotski et son groupe (sa « faction » en novlangue soviétique), puis les a utilisés pour mener à bien la collectivisation des terres et l’industrialisation du pays. Ils sont d’origine variés : Molotov et Jdanov sont russes, Beria géorgien, Mikoïan arménien et Kaganovitch est juif. Tous ont des talents que Staline sait utiliser. Et ils croient en lui. Le groupe subit cependant des changements dans les années 30 au moment des purges. Car s’ils constituent le premier cercle de Staline, si tous vivent ensemble (y compris leurs familles), le Vojd comme ils l’appellent, reste le patron. Et si un ami ou un membre de leur famille est sur une liste de purgés, aucune grâce ne sera accordée. La composition du groupe évolue aussi, accueillant progressivement des visages nouveaux comme Beria et Khroutchev.

 

Une dictature collégiale ?

 

Là où Sheila Fitzpatrick innove, c’est dans la description du quotidien de l’exercice du pouvoir. Ces hommes ont une réelle autonomie par rapport à Staline. Ce sont eux qui viennent en juin 1941 le « secouer » alors qu’il est sous le choc de l’invasion allemande. Pourtant, autant Staline a besoin d’eux, autant il s’en méfie. A la fin de sa vie, il voulait par exemple se débarrasser de Molotov qu’il avait forcé à divorcer de sa femme. Cependant, c’est toujours l’équipe qui gère l’URSS pendant ses vacances ou ses absences (ainsi six mois en 1951) puis après sa mort. En ce sens, Dans l’équipe de Staline permet de mieux cerner le fonctionnement stalinien, ouvert par moments sur une certaine forme de collégialité. C’est aussi une façon de découvrir un groupe de criminels de masse méconnus.

 

Excellent livre.

 

 

Sylvain Bonnet

 

Sheila Fitzpatrick, dans l’équipe de Staline, traduit de l’anglais par Jacques Bersani, Perrin, février 2018, 370 pages, 25 €

Articles relatifs :

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.