La solitude est un cercueil de verre, la maturité d’un écrivain

Quand tout bascule

À Venice, Californie, un jeune écrivain rentre dans le tram un soir, en proie à la mélancolie et à la crise d’inspiration. Quelqu’un murmure à son oreille : la solitude est un cercueil de verre. Quand il se retourne, il n’y a personne, l’écrivain retourne alors à ses problèmes existentiels. Sauf qu’il y a ensuite le meurtre d’un homme suspendu dans une cage à lions. Malgré les sarcasmes du flic chargé de l’enquête, Crumley, l’écrivain décide de reprendre l’enquête, surtout qu’il a du temps en l’absence de Peg, sa femme, partie terminer sa thèse au Mexique. Il n’est pas au bout de ses surprises…

 

Dernières nouvelles d’un auteur mythique

Ray Bradbury, auteur des chroniques martiennes et de Fahrenheit 451 est malheureusement décédé en 2012. La solitude est un cercueil de verre, hommage conscient au polar « hardboiled » à la Dashiell Hammett, constitue le premier volet d’une trilogie semi-autobiographique, publiée au début des années 90 et déjà traduite par Denoël à l’époque. Il s’agit d’une entreprise assez originale, où le narrateur ressemble au jeune Bradbury, caractérisée par une ambiance étrange. Les personnages rencontrés sont proches de ceux de Freaks de Tod Browning ou de Boulevard du crépuscule de Billy Wilder. De plus, la réalité le dispute au fantasme, voire au cauchemar. L’angoisse se cache derrière des petits détails qui accrochent l’imagination du lecteur.

Bradbury fidèle à lui-même

Bradbury excellait dans des récits où le fantastique se glissait dans le quotidien (songeons à certains passages des Chroniques martiennes où à La foire des ténèbres). Finalement, La solitude est un cercueil de verre mérite le coup d’œil par cette ambiguïté constante entre réel et rêve, qui rejoint certaines de nos angoisses contemporaines. Saluons aussi la traduction d’Emmanuel Jouanne, auteur aussi d’une œuvre singulière (citons Nuage) et disparu trop tôt.

Sylvain Bonnet

Ray Bradbury, La solitude est un cercueil de verre, traduit de l’anglais par Emmanuel Jouanne, Denoël, juin 2017, 384 pages, 15 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.