Les Etats-Unis et le monde, une puissance du passé?

Comprendre les Etats-Unis

Maya Kandel, diplômée de l’IEP de Paris et de Columbia University, a déjà publié Mourir pour Sarajevo ? Les Etats-Unis et l’éclatement de la Yougoslavie (CNRS, 2013), tirée de sa thèse sur Le congrès américain et la désintégration de la Yougoslavie (1989-1995). Elle vient de publier chez Perrin Les Etats-Unis et le monde, panorama synthétique de la relation au monde entretenue par la principale puissance mondiale avec le reste du monde.

 

Isolationnisme, exceptionnalisme et unilatéralisme

Maya Kandel remonte aux débuts du pays, au fameux discours d’adieu de George Washington. Certains y ont vu le début de l’isolationnisme américain, où le premier président américain proclame la nécessité pour son pays de ne pas contracter d’alliance. Il s’agit en partie d’une vision rétrospective, tempérée par la doctrine Monroe qui vise à limiter les interventions européennes au Nouveau Monde. Quant à l’exceptionnalisme américain, d’origine religieuse, il naît pendant la guerre civile (1861-1865) de la volonté du Nord de mener une guerre refondatrice, défendant leur vision de la démocratie et aussi d’expier pour certains ce péché fondateur qu’était l’esclavage. L’unilatéralisme caractérise lui la politique étrangère américaine depuis ses débuts (et donc pas seulement depuis Trump), la marine n’ayant par exemple pas hésité à mener des expéditions contre les barbaresques au XIXe siècle.

Le difficile exercice de la puissance

Si on excepte la guerre contre l’Espagne de 1898, les États-Unis selon Maya Kandel n’ont pas voulu, au début du moins, du fardeau de la puissance mondiale. On peut y voir l’influence du Congrès, qui co-détermine la politique étrangère avec le Président. Cela n’empêchait pas les entreprises américaines d’exercer un impérialisme privé (pensons à la United Fruits en Amérique centrale). Le tournant, après l’échec de Wilson, se situe bien pendant et après la seconde guerre mondiale qui voit le pays se doter d’un outil militaire redoutable, doté de la meilleure technologie, prenant le relais d’une Grande-Bretagne déclinante face à la menace soviétique. Au prix d’un effort important (et de la défaite au Vietnam), les américains ont gagné la guerre froide… Et sont depuis confrontés à la hantise de leur déclin, surtout depuis leurs déboires en Irak (on ne répétera jamais assez combien les deux guerres du Golfe constituaient une erreur tragique) et en Afghanistan, sans compter les conséquences de la crise financière de 2008. Face à la montée de la Chine et à l’opposition russe (ici, les européens n’existent pas selon l’auteur), que feront les Etats-Unis de Trump ? Vaste sujet auquel cette étude synthétique et claire ne peut que proposer des pistes en conclusion. Un essai très réussi.

 

 

Sylvain Bonnet

Maya Kandel, Les États-Unis et le monde, Perrin, avril 2018, 256 pages, 18 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.