Deadpool 2

L’homme qui en faisait trop

La suite des aventures de Deadpool, ancien mercenaire et anti-héros, doté d’un pouvoir régénérant hors du commun.

Force est de constater que la franchise Deadpool jouit d’un succès indéniable aussi bien pour ses aventures de papier que pour sa première adaptation cinématographique en 2016. Le personnage  veut incarner aussi bien un courant d’air frais au sein du paysage des héros Marvel qu’un défouloir gigantesque où il est interdit d’interdire.

Le premier volet avait séduit le public par sa nonchalance affirmée, un goût prononcé pour la provocation et un humour s’appuyant constamment sur les références à la pop culture, d’hier et d’aujourd’hui. En outre, le long-métrage de Miller n’hésitait point à user d’une violence parfois exacerbé rejoignant les excès d’un Tarantino. D’ailleurs, il n’est point usurpé de comparé les formes transgressives habitant le super-héros chambreur et les œuvres du réalisateur de Pulp Fiction. Si beaucoup félicitèrent cette attitude, il était légitime déjà à l’époque de remettre en cause un processus visant à détruire pour le seul plaisir de détruire.

Si le cinéaste passe, le caractère entier et décharné de la franchise persiste dans ce second volet. David Leitch reprend le travail de Tim Miller et conserve cette même verve que les fans ont apprécié il y a deux ans. Dans cette optique, le film foisonne une nouvelle fois de clins d’œil, ce jusqu’à la nausée. Nanti d’un budget bien plus conséquent que son aîné, Deadpool 2 désire toujours appartenir à ces œuvres à la fièvre irrévérencieuse tout en multipliant les tranches spectaculaires que le côté amateur du premier opus n’avait pas pu offrir.

Pourtant, comme sur l’épisode précédent, après avoir passé le premier quart d’heure, il est légitime de s’interroger sur ce que les auteurs ont à offrir. Certes, le comique qui passe à la tronçonneuse la quasi-totalité des succès de la pop culture de ces dix dernières années peut prêter à sourire. Pourtant, ce grand déballage fait très vite office de diarrhée verbale ininterrompue, dépourvu d’une quelconque finesse. A l’identique d’un Wes Craven ou d’un Stephen Wong, Leitch crache dans la soupe qui le nourrit au quotidien. Contrairement à Kick-Ass ou à Super, Deadpool 2 ne déconstruit pas, il se moque sans une once d’envergure ou de discours intelligent et intelligible. Voulant montrer absolument que le reste de la production est dépnué d’intérêt, le long-métrage de David Leitch affiche une prétention immonde couplée à une mise en scène privée d’une quelconque imagination.

Se permettant de narguer la réussite de Mangold et de son Logan, Deadpool 2 s’enfonce à chaque minute un peu plus dans le ridicule, gesticulant sans cesse, mais n’atteignant jamais un quelconque objectif.

Produit chéri de la Fox, Deadpool 2 ravira peut être le public mais oublie à chaque instant d’être un véritable film et n’égale même pas les produits du même genre estampillé Russo ou Vaughn. Quand on pense que le studio a renié le travail de Josh Trank et a failli saborder celui de Mangold, il y a de quoi être déçu. Et quand on sait qu’ X-men First Class toujours du même studio a été boudé par le public alors que Deadpool trône au box-office de ces dernières années, il y a de quoi être déconcerté.

Film américain de David Leitch avec Ryan Reynolds, Josh Brolin, Morena Baccarin. Durée 1h59. Sortie le 16 mai 2018.

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre