Solo

Mon nom est personne

La jeunesse du célèbre hors-la loi galactique Han Solo, plusieurs années avant sa rencontre avec Luke Skywalker. De son adolescence sur Corellia jusqu’au fameux raid de Kessel, retour sur le parcours du fameux contrebandier de l’univers de Star Wars.

Beaucoup s’accordent à penser que la démultiplication des films consacrés à la saga Star Wars finira par tuer la franchise, et que Disney se servira de la marque, ce jusqu’à la nausée. Pourtant, l’overdose ne date point d’hier, et si les films furent absents des écrans pendant une longue période, les rayons des magasins ont vu fleurir bande-dessinées, jouets et autres romans articulés autour de l’univers de George Lucas.

En outre, la renaissance cinématographique de la série n’est point une mauvaise chose. En dépit d’un mauvais accueil du public, le dernier volet Les derniers Jedi valait franchement le coup d’œil. Et le spin off Rogue One faisait montre d’une réelle maîtrise du sujet. D’ailleurs, les studios vont continuer à se concentrer sur le principe des spin off, avec notamment des long-métrages consacrés aux personnages d’Obi-Wan Kenobi et de Boba Fett.

Pour l’heure c’est celui sur Solo qui nous intéresse. Protagoniste immortalisé icône de la pop culture sous les traits d’Harrison Ford, Han Solo tient autant de l’homme sans nom cher à Sergio Leone et au Yojimbo de Kurosawa qu’aux héros classiques du film d’aventures. Son aura, son charisme  a presque totalement éclipsé la figure de Mark Hamill, censé pourtant incarner la tête de gondole de la trilogie originale.

A l’heure de développer des spin off à la trame principale, il parut naturel aux studios d’en dédier un au célèbre contrebandier. L’accouchement fut cependant délicat, les réalisateurs originaux débarqués et remplacés au pied de la lettre par le vétéran Ron Howard. Bien que primé à de nombreuses reprises, il est légitime de douter des qualités artistiques de ce dernier, voire même de considérer le cinéaste en honnête artisan… A l’arrivée les craintes se transforment très vite en un profond rejet de l’ensemble.

Si le film ne manque ni de moyens, ni de bonnes intentions, il souffre en revanche d’une mise en scène approximative renforcée par un script des plus pauvres. Certes, les fans seront comblés, tant le metteur en scène les caresse dans le sens du poil contrairement à Ryan Johnson. Cependant, un constat objectif ne peut qu’éclairer la déception vis àvis de Solo. Un premier rôle dépourvu d’un quelconque charisme fait regretter Harrison Ford à chaque plan, à chaque réplique. En outre, Ron Howard se met à singer tous les moments cruciaux du passé du protagoniste, évoqués avec passion et concision dans Un nouvel espoir. Ce qui devait rester au stade de l’ellipse se dévoile pour la première fois sous les yeux des spectateurs, malheureusement sans âme ni souffle un tant soit peu épique. Le fameux raid de Kessel n’est qu’une pâle copie de la course poursuite réalisée magnifiquement par Irvin Kershner dans l’Empire contre-attaque. Si Ron Howard s’essaie à en reprendre les tenants et les aboutissants voire la musique dans ce pseudo morceau de bravoure, il ne parvient aucunement à retranscrire la tension dramatique qui habitait son aîné. Quant à l’ambiance western annoncée à corps et à cri par les différents trailers, elle ne subsiste que par quelques plans fugaces sans véritable personnalité.

A l’arrivée, Solo ne se hisse nullement parmi les grands chapitres de la saga, et ne se pose même pas en produit digeste sans relief. Lorgnant plutôt du côté de l’insupportable Menace Fantôme, le film de Ron Howard plaira par ses référents aux fans de la première heure alors qu’il se voit dénué d’une véritable essence. Il sera, certes moins décrié  que Les derniers Jedis. Mais ce dernier lui au moins, est un vrai film de cinéma…

Film américain de Ron Howard avec Alden Ehrenreich, Woody Harrelson, Emilia Clarke. Sortie le 23 mai 2018. Durée 2h15

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre