Clemenceau, le grand républicain

 

Une carrière d’historien

De Michel Winock, ancien professeur à science po, le lecteur qui a écume les facs de sciences humaines et les concours a beaucoup de souvenirs ! on lui doit Le siècle des intellectuels (Seuil, 1997), le socialisme en France (Seuil, 1992), un Flaubert (Gallimard, 2013) ou un François Mitterrand (Gallimard, 2015) très critique et très remarqué. En 2007, il a publié une biographie de Clemenceau chez Perrin.

 

Un homme de gauche

 

En écrivant cette biographie, Michel Winock avait un but : démontrer l’ancrage à gauche de Clemenceau d’une part (quand on se souvient des attaques des socialistes après les grèves de 1907-1908 et reprises ensuite, il faut du panache) et aussi redonner envie à la jeunesse de s’identifier à la France grâce à la figure du vendéen « rouge », radical et dreyfusard, vainqueur de la Grande guerre. Difficile de dire s’il a réussi mais il s’est en tout cas donné les moyens de son œuvre. On (re)découvre un Clemenceau radical, proche des socialistes dans les années 1880, « tombeur de ministères ». Cette première carrière prend fin avec son échec aux élections de 1893, suite au scandale de Panama.

 

Un réformiste et un patriote

 

Winock fait de lui un réformiste, prêt à gouverner et à transiger avec le réel. S’il s’oppose aux grandes grèves lors de son premier ministère, c’est parce qu’il y voit une menace pour le pays. S’il avait été le chef du gouvernement au moment de l’union sacrée en 1914, il aurait gouverné avec les socialistes. Le destin voulut qu’il prenne les rênes du pays fin 1917, avec le soutien de la droite, pour assumer le « dernier quart d’heure » et gagner la guerre (mais pas la paix). Drôle de destin pour cet homme à bien des égards exceptionnels !

 

 

 

 

Sylvain Bonnet

 

Michel Winock, Clemenceau, Perrin, octobre 2018, 584 pages, 35 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.