Rommel, le grand soldat d’une mauvaise cause

Historien militaire

 

Auteur d’une remarquable biographie de Patton (Tallandier, 2016) et d’une synthèse sur l’AfrikaKorps (Tallandier, 2012) ainsi que d’Invasion ! (Tallandier, 2014), Benoît Rondeau s’est imposé comme un des grands spécialistes de l’histoire militaire de la seconde guerre mondiale. Pour cette rentrée, il publie un ouvrage sur Rommel dans la collection « Maîtres de guerre » de Perrin. C’est donc ici l’occasion de revenir sur la carrière du général préféré d’Hitler, héroïsé par Hollywood dans le film d’Henry Hathaway le renard du désert.

 

Du héros de la Grande guerre au soldat d’Hitler

 

D’origine souabe, Rommel n’appartient pas à la caste des officiers prussiens, qu’il méprisera d’ailleurs toute sa vie. Pendant la guerre, il est tour à tour affecté au front de l’Ouest en France, puis en Roumanie et enfin en Italie où il contracte une allergie aux soldats italiens et à leurs qualités militaires, une affliction qui ne se démentira plus. Après le traité de Versailles, il reste dans l’armée, en profite pour se marier et avoir un fils, Manfred (futur maire CDU de Cologne). L’arrivée d’Hitler au pouvoir est une chance pour lui. Il réussit à se faire remarquer et devient un de ses officiers préférés. Apolitique, Rommel n’adhère pas au parti nazi mais est un partisan enthousiaste du dictateur. Quant à la politique antisémite du régime, elle ne lui pose aucun problème.

 

Un grand capitaine pour une cause dévoyée

 

Rommel participe à la campagne de Pologne et surtout à celle de France où il s’impose par son dynamisme à la tête de ses panzers (notons qu’il fut longtemps étranger aux chars). Victorieux, l’ancien combattant de la Grande guerre savoure ici sa revanche, posant devant les photographes et les cameramen : Rommel, d’allure sportive, passe mieux que Von Runstedt et surtout il aime plaire. Courtisan avec son Führer, il obtient le commandement de l’AfrikaKorps : là il obtient sur un front secondaire ses lauriers de gloire, rétablissant une situation militaire compromise par l’impéritie italienne face aux anglais. Et voici une nouvelle chevauchée pour le héros nazi, dont l’élan après la chute de Tobrouk viendra se fracasser contre les anglais à El Alamein. Rommel savait-il que les SS caressaient le projet d’exterminer les juifs égyptiens en cas de victoire ?

 

L’échec final

 

Rommel continue sa « guerre sans haine » (titre d’un de ses ouvrages), au service d’un régime raciste et génocidaire, sans se poser de question en bon soldat loyal et apolitique. Pour autant, il est lucide : la campagne de Tunisie lui démontre la supériorité matérielle et aérienne des alliés. Après un bref intermède en Italie, il est nommé Inspecteur du front Ouest, chargé du mur de l’Atlantique. Ce fervent partisan de l’offensive s’adapte ici à une tactique défensive : il s’agit de tout faire pour repousser l’adversaire sur les plages dès le premier jour, à rebours des conceptions de nombreux généraux. Il avait sans doute raison, contre beaucoup de stratèges de la l’OKW mais les hésitations d’Hitler ruinent son projet. Ses efforts permettent de compliquer la tâche des alliés, non de l’empêcher. Rommel dira à Hitler que, désormais, la solution à la guerre ne peut être que politique, une façon de signifier qu’elle était perdue…  Rommel sera contraint de se suicider fin 1944, soupçonné d’avoir trempé dans le complot de Stauffenberg (à tort, Rondeau le démontre bien).

 

Que retenir de Rommel ? Benoît Rondeau démontre bien qu’il était un formidable soldat, un grand entraîneur d’hommes et un excellent tacticien capable aussi de réflexion stratégique. Sa chance fut de ne pas servir sur le front de l’Est où « la guerre sans haine » n’était pas de mise.

 

 

Sylvain Bonnet

 

Benoit Rondeau, Rommel, Perrin, août 2018, 450 pages, 25 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.