Under the Silver Lake

Vertigeek

A trente-trois ans, Sam a tout du doux rêveur venu chercher la célébrité dans la Cité des Anges. Pourtant, il appartient désormais à la caste toujours plus nombreuse de ceux qui ont échoué. Un beau jour, il s’éprend de sa voisine Sarah, belle et mystérieuse. Lorsqu’elle disparaît, il va tout faire pour la retrouver, empruntant alors une route truffée de sombres secrets, juchée par les cadavres encore frais et menant à une vérité inconcevable.

Force est de constater qu’année après année, un vent de nostalgie souffle de plus en plus non seulement sur Hollywood mais sur l’ensemble des vecteurs médiatiques à caractère visuel, cinéma, télévision ou encore univers vidéoludique. D’un côté se trouvent ceux qui puisent leur regard dans le classicisme d’antan, Eastwood, Gray, Nicholls, ou encore Haynes. De l’autre ceux qui citent les sources sans en comprendre forcément les enjeux de Tarantino à Inarritù. Cette vague rétro se confond désormais avec la toute puissante pop culture qui a vu les succès de Drive, Strangers Things ou encore de Ready Player One confirmer une étrange tendance. Ladite pop culture assimile tout sur son passage quitte à intégrer des éléments qui lui sont complétement étrangers. Un débat s’ouvre et ne manquera pas de diviser les uns et les autres.

David Robert Mitchell se veut appartenir à cette pop culture dont il est pour beaucoup un enfant prodige. Remarqué pour son premier long-métrage, It Follows, le cinéaste affichait alors une certaine maîtrise des distances et du hors champ pour distiller le frisson comme l’auraient fait Carpenter ou Tourneur à l’époque. Pourtant, en dépit de ses bonnes intentions, Mitchell ratait en partie le coche, incapable d’envoyer un message fort au contraire de ses aînés. Une forme qui pêchait donc dans son manque de maturité.

Pour son second film, il était essentiel pour lui de corriger ce fâcheux défaut, tout en conservant une esthétique des plus intéressantes. Il plonge alors dès les premières minutes le spectateur dans les méandres d’un film noir où Andrew Garfield rappelle par moments la virulence du Mike Hammer de Robert Aldrich. A l’image des détectives paumés d’autrefois, Sam fait donc la connaissance de Sarah, fausse femme fatale dont il n’aurait jamais dû croiser le chemin. Pour découvrir sa funeste destinée, Sam se doit être prêt à tout ce qui induit de se confronter aux codes et idéaux qui ont forgé son caractère, ceux de la…pop culture ou du moins ce que Mitchell assimile à de la pop culture.

Dans cette odyssée psychédélique et onirique, Sam va rejoindre les fantasmes fous et violents de Naomi Watts dans Mullholand Drive mais aussi se heurter aux références du réalisateur, Vertigo et Fenêtre sur cour d’Hitchcock en tête ou encore La féline de Tourneur mais également le Roi en jaune remis au goût du jour par la série True Detective. Ces références abondent, pullulent, et font corps avec la fascination ou le dédain du metteur en scène à l’instar de ce gros plan sur les excréments d’un chanteur imposteur.

Cette quête de la vérité devient petit à petit un amalgame entre songe et jeu de massacre dans laquelle son protagoniste se perd dans les méandres du dédale édifié par un démiurge prenant tour à tour les traits d’un compositeur omniscient, ou d’un roi mendiant omnipotent. Si l’objet de ses recherches se cache dans les profondeurs de Silver Lake comme l’étrange créature se tapissait dans le lac noir, alors nul doute que Sam court encore et encore après des chimères inaccessibles.

Cependant au fur et mesure de ce voyage au bout de l’enfer, on se prend à se demander les bienfaits de la démarche de Mitchell, piégé à chaque plan dans sa velléité de rendre hommage mais aussi de déconstruire cette pop culture qui l’a et le nourrit encore. La corne d’abondance utilisée par le long métrage pour l’abreuver en clins d’œil finit par le faire exploser, à force de gavage pas toujours judicieux et surtout sans réelle cohérence. Si le message transmis revient à admettre que la pop culture incarne l’Alpha et l’Omega d’une génération mais aussi une idée qui se répète encore et encore basée sur du vide, il devient donc légitime de s’interroger sur quoi repose Under The Silver Lake outre quelques miroirs d’antan de nouveau à la mode.

Ainsi Under The Silver Lake concentre tous les maux d’un cinéma populaire soucieux de s’émanciper de l’élite mais transpirant de la même condescendance qui le pousse à exister. Si le sens de l’image et du cadre n’est pas ici à remettre en cause, tant Mitchell veut se donner l’image d’un virtuose de la caméra, le désir calculé du cinéaste lui en revanche sent carrément l’arnaque.

 

Film américain de David Robert Mitchell avec Andrew Garfield, Riley Keough, Topher Grace. Durée 2h19. Sortie le 8 août 2018.

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre