Venom

 

Hidden

Journaliste d’investigation en vogue, Eddie Brock perd son travail et son couple lorsqu’il s’attaque aux machinations d’une puissante multinationale. Son enquête va le mener vers un parasite extraterrestre, changeant à jamais sa destinée…

 

Depuis le premier Guardians of the Galaxy et l’adaptation de Deadpool sur grand écran, le cinéma de super-héros cherche à se renouveler en multipliant les itérations consacrées aux antihéros de papier, ceux que la culture populaire qualifie de « badass », variations modernes de Robin Hood, censées à la fois se révolter contre le système aussi bien cinématographique que social mais également défendre le faible contre une oppression galopante.

Résultat, l’industrie en sus des exemples cités a également accouché il y a longtemps de Spawn mais aussi récemment de Suicide Squad, et surtout d’un Logan particulièrement réussi (contrairement aux autres productions du même type).

Ainsi, Sony lance également son héros acidulé avec Venom, ennemi à l’origine de Spider-Man, particulièrement apprécié des fans. Dans le comic book, le protagoniste était issu de la fusion entre le journaliste Eddie Brock, grand rival de Peter Parker, et d’un parasite symbiotique que ce dernier avait ramené lors d’un conflit situé aux confins de la galaxie.

Le public contemporain beaucoup moins initié aux extravagances des scénaristes des eighties sera moins dépaysé avec son homologue cinématographique, réduisant les origines du symbiote à une découverte fortuite lors d’une mission spatiale. But de l’opération, simplifier les enjeux au maximum, tout en exploitant le caractère voulu irrévérencieux du matériau.

Pour mener à bien le projet, Le studio confia les clefs à Ruben Fleischer qui s’était révélé en honnête artisan avec Bienvenue à Zombiland ou encore Gangster Squad. Pour narrer les aventures de ce nouveau produit made in Marvel, le metteur en scène va utiliser deux ingrédients qui ont fait leurs preuves par le passé au sein du genre : une exposition relatant les origines et de l’humour teinté de dérision. En sus de ces deux éléments, Fleischer va s’efforcer de saupoudrer le tout par les codes du cinéma bis et notamment du cinéma d’horreur, le symbiote relevant aussi bien de la bande-dessinée que de films tels que Hidden, le Blob ou encore…le récent Life du même studio (Life étant également le nom de la multinationale qui découvre le parasite).

Au vu de si bonnes intentions, le spectateur était donc en droit d’attendre à un véritable objet de qualité. Il n’en est rien à l’arrivée. La faute en incombe déjà à la production qui comme pour la Fox et les Fantastic Four de Josh Trank, s’est attachée à remonter et reshooter une grande partie du long-métrage pour le rendre visible par un large public, abaissant son degré de violence. Cependant contrairement au massacre infligé à l’œuvre du réalisateur de Chronicles dont les trente premières minutes bénéficiaient d’une exposition intéressante, il est légitime ici de se demander si l’œuvre en elle-même méritait d’être sauvée à la base. Incapable de rendre lisible les scènes et les plans des combats en raison d’une gestion clippée de l’ensemble, Fleischer qui plus est, peine à rendre crédible la première partie, contant de façon assez putassière la lutte à la mode entre un lanceur d’alerte et une multinationale… Surfant sur des thématiques socio-politiques du moment sans jamais esquisser une véritable once de réflexion, le long-métrage se résume le plus souvent à un enchaînement maladroit de scènes à grand spectacle dépourvues d’une véritable émotion et dont le facteur angoissant censé incarner la personnalité de la mise en scène a été écarté.

Au final, Venom rejoint Suicide Squad ou encore Deadpool au rang des produits trop bien calibrés mais jamais finis. Renvoyant à une logique où ils se constitueraient en renouveau caustique d’un genre, ils ne façonnent rien et détruisent tout sans jamais user de la réflexion indispensable àune déconstruction intelligente. Plus mal loti que ses aînés, Venom perd au fur et à mesure sa crédibilité tant ses gags éventés et son absence de sens du spectacle le font chuter bien plus encore.

Film américain de Ruben Fleischer avec Tom Hardy, Michelle Williams, Riz Ahmed. Durée 1h52. Sortie le 10 octobre 2018.

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre