Les contes merveilleux

Il était une fois…

Le petit chaperon rouge, Hansel et Gretel, Raiponce, Le roi Midas et enfin Le lièvre et la tortue. Par le biais de cinq courts-métrages d’animation, Ray Harryhausen revisite les contes et fables connues de tous et délivre une version personnelle des histoires qui bercent, ont bercé et berceront les plus jeunes.

Pour un large public, George Lucas, Steven Spielberg, James Cameron et Peter Jackson font office de références en ce qui concerne la maîtrise des effets spéciaux et leur application dans l’élaboration d’univers liés à l’imaginaire. Pourtant, deux autres noms, tout aussi prépondérants, ont marqué de leur empreinte effets spéciaux et trucages, mais ont été oublié avec le temps. Le premier fut le français George Méliès, qui n’est autre que le premier à avoir usé efficacement des effets spéciaux. Le second qui nous intéresse ici est surtout connu pour avoir réalisé Jason et les argonautes et Le choc des titans, péplums épiques qui ont marqué tout une génération de spectateurs. En sus d’avoir accouché de ces deux œuvres majeures du cinéma populaire, le metteur en scène s’ingénia surtout à la mise en place des trucages et effets spéciaux de la plupart de ses réalisations et collabora en habile technicien qu’il était à bien d’autres long-métrages nécessitant les artifices les plus avancés pour cette période. Encore aujourd’hui, bon nombre de cinéastes, notamment ceux cités précédemment, se réclament de « l’école » Harryhausen et rendent hommage haut et fort au maître d’antan.

Voir aujourd’hui Les contes merveilleux permet donc de découvrir d’autres facettes du cinéaste, via le prisme de courts métrages d’animation restés invisibles durant plusieurs décennies. Réalisés pour la plupart à la fin des années quarante, début des années cinquante, les cinq courts réunis dans ces Contes merveilleux incarnent l’utilisation parfaite de la technique dénommée stop motion (rendue célèbre par le film l’Empire contre-attaque et son attaque des marcheurs sur Hoth).

Si Harryhausen n’hésite pas à altérer par moments les récits originaux pour ne point choquer le public par la cruauté de certains (Le petit chaperon rouge par exemple) et à les écourter faute de temps, il n’en oublie pas pour autant d’en extraire la morale même si elle peut paraître obscure par moments (la plus évidente revient au conte du Roi Midas, puni par sa cupidité alors que la désobéissance du Petit chaperon rouge ne saute point forcément aux yeux de prime abord).

Mais Harryhausen ne retirerait pas la substantifique moelle de ces écrits intemporels sans une maîtrise formelle incontestable qui ne cessera de se bonifier avec l’usage. Force est de constater l’influence visible du cinéma muet dans la gestuelle de chaque protagoniste. Si la parole n’est permise que par une voix off, chaque émotion est rendue possible par une animation révolutionnaire pour l’époque renvoyant aux grandes heures de l’expressionnisme allemand. D’ailleurs, comment ne pas penser au Nosferatu de Murnau quand point la silhouette menaçante du génie venu susurrer les doux mots de la corruption au roi Midas. En outre, le comique assumé et attendu pour Le lièvre et la Tortue renvoie à sa manière aux grandes heures de Tex Avery, dans un style pourtant graphiquement très opposé.

Plus qu’une démonstration, Les contes merveilleux personnalisent à eux seuls l’impact de Ray Harryhausen sur le cinéma, jusqu’à quel point il en a fait avancer la technique, les méthodes et est devenu par là même, le pionnier d’une nouvelle ère.

Film d’animation de Ray Harryhausen. Durée 53 minutes. Sortie en version restaurée le 28 novembre 2018.

 

 

 

 

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre