Le retour de Mary Poppins

La mélodie du bonheur

Les retrouvailles de Michael et Jane Banks avec leur ancienne gouvernante Mary Poppins, magicienne extravagante, venue aussi bien pour s’occuper des enfants de Michael que pour les sortir de l’impasse dans laquelle ils se trouvent.

Il aura donc fallu attendre plus de cinquante ans pour voir la suite du film musical familial réalisé par Robert Stevenson et adapté des nouvelles de P.L Travers, considéré par beaucoup comme un classique du genre. Il y a déjà près de quatre ans, les studios avaient déjà consacré un film à la gestation douloureuse de ce dernier (A l’ombre de Mary), signe finalement précurseur de cette entreprise qui voit enfin le jour, dirigé par le vétéran Rob Marshall, oscarisé pour Chicago (un autre film musical) au début des années deux-mille.

L’action se déroule vingt ans après le premier volet et l’on retrouve les enfants Banks devenus adultes, qui ont repris le flambeau de leurs parents, à la banque pour l’un, au sein d’un groupe militant pour l’autre. Inquiets pour leur avenir et soucieux du bien être de leur progéniture, ils voient débarquer leur ancienne nourrice, Mary Poppins à leur rescousse.

En plongeant l’action durant la Grande Dépression, Rob Marshall choisit à la fois d’amplifier la thématique de fond du film de Stevenson et de l’utiliser comme caisse de résonance aux problématiques actuelles. Victimes de la toute puissance bancaire, les Banks devront prendre garde à ne pas tout perdre. Malheureusement, cette idée somme toute intéressante est souvent diluée dans un marasme sentimentaliste malvenu.

A contrario, le décorum du Londres des années trente tient de la réussite tant le mélange gothique par moments, fantaisiste à d’autres sied parfaitement à l’univers imaginé par Travers. Sur ce point, le mélange de prises de vue réelles et d’animation fonctionne de nouveau à l’instar du long-métrage précédent ; on retiendra notamment le voyage fantasmagorique dans l’univers animalier. L’important pour Marshall reste tout du long de décrire l’arrivée de l’extraordinaire dans le quotidien d’une famille classique ; peut-on vraiment croire à la magie de la nourrice, telle est la question !

Malgré ces bonnes intentions, il est dommageable en revanche que Rob Marshall déploie une mise en scène relativement monotone, souvent lisse et ne s’adaptant jamais à ses ambitions. En outre, la bande originale et les chansons manquent à la fois de personnalité et de charme, ce qui diminue fortement l’intérêt d’un film musical…

Non, la véritable force du film tient dans la prestation d’Emily Blunt ; cette dernière incarne parfaitement l’extravagante nourrice et n’a point à rougir de sa prestation face à celle de Julie Andrews jadis.

Il serait fort logique de se demander si une suite des aventures de la femme au parapluie était vraiment nécessaire. Si Le retour de Mary Poppins émerveillera certes les plus jeunes, il laissera un amer goût d’inachevé tant le matériau primaire pouvait laisser présager du meilleur. Produit inoffensif sur la forme malgré des velléités affichées de bien faire, le long-métrage de Rob Marshall brille surtout par l’aura émanant de son actrice principale.

Film américain de Rob Marshall avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Whishaw. Sortie le 19 décembre 2018. Durée 2h11.

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre