La saga des intellectuels français: l’avenir en miettes (1968-1989), l’origine du mal?

Suite et fin ?

Le premier tome de La saga des intellectuels de François Dosse, auteur d’une Histoire du structuralisme (La découverte, 1987), avait permis de voir toute une génération d’intellectuels français plutôt brillante : Camus, Sartre, Aragon (on ne répétera jamais assez à quel point le fou d’Elsa fut un des plus grands écrivains français du siècle dernier), Aron ou Edgar Morin. Le second tome est une plongée dans l’après mai 68, une toute autre histoire si l’on peut dire…

 

Du gauchisme au néolibéralisme

Les chapitres égrènent les différents mouvements qui secouent l’après Mai : l’extrême-gauche occupe le haut du pavé, maoïsme en tête. On est sidérés de relire ici les plus belles saillies de nos intellectuels sur la Chine de Mao, on ne sait s’il s’agit d’aveuglement ou des effets d’une consommation de Marijuana frelatée… On salue ici bien bas Philippe Sollers et la revue Tel Quel. Au-delà de la polémique, on découvre ici une pensée française marquée par le structuralisme de Foucault ou le marxisme Althussérien, bien absconse au demeurant. Reste que la French Theory a aussi marqué les campus américains. Quant au féminisme, qui connaît certaines de ses heures de gloires et de combats victorieux (l’IVG en 1975), on le voit se scinder en deux parties (qui se retrouvent ou s’entrecroisent) : d’un côté, un féminisme égalitariste héritier de Beauvoir, et de l’autre un féminisme différentialiste qui se décline en différentes variantes dont certaines valorisent le lesbianisme et des ateliers de non-mixité (déjà !). Reste que ce tout beau monde fait face à la fin de l’utopie communiste avec « l’effet Soljenitsyne » et que beaucoup basculent alors vers… Le libéralisme honni. Bienvenue dans le monde d’aujourd’hui !

 

Quel bilan ?

L’auteur de ces lignes avoue être plus sévère que François Dosse devant son récit des pérégrinations des intellectuels français des années 68-89. Les structuralistes ont déconstruit une société déjà fragile et en pleine mutation, ont cautionné les utopies révolutionnaires les plus sanglantes. Devant la naissance de l’islamisme, certains ont perduré dans leur myopie tel Foucault face à l’Iran. Quant aux nouveaux philosophes, Bernard-Henri Lévy ou André Glucksmann, ils inventent l’intellectuel médiatique et la pensée du néant, recyclant vieux poncifs et pompant ici ou là des formules choc mais creuses. Le bilan est loin d’être positif, camarade… Et je m’en vais relire Le fou d’Elsa ou Aurélien… Aragon, en bon stalinien, a écrit des choses horribles mais lui, au moins, savait écrire et manier une langue française très malmenée par notre époque post-moderne. Au revoir donc chers intellectuels !

 

Sylvain Bonnet

François Dosse, La saga des intellectuels français 2 : l’avenir en miettes (1968-1989), Gallimard, septembre 2018, 704 pages, 29 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.