Nos films préférés de 2018

J’avais abandonné ce type de sélection depuis quelques années. Mais pour ce début 2019, je vous propose de revenir sur quelques coups de cœur de l’année cinématographique précédente. Moins qualitative que 2017 notamment côté cinéma américain (pas de James Gray, Todd Haynes ou Kathryn Bigelow), 2018 n’a pas forcément accouché de chefs d’œuvres mais a tout de même vu mûrir certains auteurs et confirmer quelques autres à travers plusieurs long-métrages dignes d’intérêt.

Seule sur la plage la nuit :

Sur cette seule année 2018, tel un forçat de la caméra, Hong Sang Soo nous a offert trois films sur les écrans français. Si le sud-coréen ne déroge jamais à son thème de prédilection, l’amour et les complications qu’il entraîne dans les relations quotidiennes, il applique en revanche un traitement différent à chaque œuvre, renouvelant sans cesse les perspectives. Avec Seule sur la plage la nuit, il accouche d’un exutoire cathartique aussi fragile que son égérie.

Film d’Hong Sang-Soo avec Kim Min-Hee, Hwa Seo Young, Kwon Hae Hyo

 

The Phantom Thread :

Daniel Day Lewis l’a annoncé, il se retire définitivement en tant que comédien. Pour son dernier rôle, il s’associe une nouvelle fois à Paul Thomas Anderson après une fructueuse collaboration sur There Will Be Blood. Résultat : l’un brille par une performance de haute volée et l’autre met en scène un petit bijou vénéneux où amants, maîtresses, et serviteurs se disputent le contrôle d’un environnement aussi policé que décadent.

Film de Paul Thomas Anderson avec Daniel Day Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville

 

Mektoub my love Canto Uno :

Un film d’Abdellatif Kechiche constitue toujours un événement. Né dans la douleur, Mektoub my love ne possède ni l’incandescence de La vie d’Adèle ni la passion juvénile de l’Esquive. Pourtant en dépit de quelques maladresses, le cinéaste fait preuve de maîtrise dans ce récit de vacances sulfureux où la solitude de Melvil Poupaud chez Rohmer n’a jamais semblé si cruelle.

Film d’Abdellatif Kechiche avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kéchiouche

 

Les frères Sisters :

Pour sa première incursion hors de France, Jacques Audiard a choisi de travailler avec des acteurs américains sur un genre majeur de l’histoire du cinéma, le western. Doté d’un casting impressionnant (Joaquin Phoenix, John C Reilly, Jake Gyllenhaal), Les frères Sisters prend à rebrousse-poil à la fois le classicisme fordien mais également les tendances démystificatrices en vogue depuis des années. En lieu et place, Audiard dresse un portrait familial poignant où ses perdants magnifiques, crevures d’abord mais toujours solidaires vont se mettre sur le chemin du retour tels des fils prodigues.

Film de Jacques Audiard avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal

 

Un couteau dans le cœur :

Un couteau dans le cœur appartient à cette catégorie de films dérangeants, dont les arguments socio-politiques s’intègrent subtilement au sein d’une intrigue délicieusement alambiquée. Giallo se déroulant dans le milieu du porno gay des années soixante-dix, Un couteau dans le cœur choque, émeut, interpelle. Quant à Vanessa Paradis, elle signe ici un retour fracassant en femme brisée, bien loin du standard glamour habituel.

Film de Yann Gonzalez avec Vanessa Paradis, Kate Moran, Nicolas Maury

 

Une affaire de famille :

Palme d’or du dernier festival de Cannes, Une affaire de famille constitue pour le moment le point d’orgue de la carrière de Kore-Eda. Jamais l’admirateur d’Ozu n’a fait montre d’une telle maturité dans sa mise en scène rendant vivant chaque espace, chaque élément de décor comme le faisant son idole d’antan. Dans cette chronique familiale bouleversante, le cinéaste nippon renvoie chacun à ses responsabilités que ce soient ses protagonistes pour qui la survie prévaut sur la morale même élémentaire et un système qui rejette les laisser pour compte.

Film de Hirokazu Kore-Eda avec Lily Franky, Sakura Ando, Mayu Matsuoka

 

First man :

Un an après La La Land, Damien Chazelle renoue sa collaboration avec Ryan Gosling. Si First Man s’avère un échec au box-office contrairement à son aîné, il affirme en revanche le talent de son metteur en scène et de son acteur principal. Basé sur la biographie de l’astronaute Neil Armstrong, le cinéaste s’attarde aussi bien à l’épopée de son protagoniste dans la ligne droite de Philip Kauffman qu’au calvaire intime qu’il endure après un drame personnel insoutenable. Prenant le pari gagnant de la sobriété en contraste avec les fastes de La La Land, First man souligne les velléités classiques honorables de son auteur.

Film de Damien Chazelle avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke

 

Cold war :

Pour son dernier long-métrage, Pawel Pawlikosky a opté pour un mélodrame sur fond de Guerre Froide. De la Pologne aux cafés parisiens, il se plaît à décrire la passion tumultueuse entre un musicien hors pair épris de liberté et son égérie. Maîtrisant hors champs et contrechamps à la perfection, le réalisateur d’Ida ne peut qu’émouvoir lors d’un dernier plan à la simplicité fulgurante.

Film de Pawel Pawlikosky avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Borys Szyc

 

Roma :

Si beaucoup regrettent que Netlfix se soit adjugé le dernier long-métrage d’Alfonso Cuaron comme celui de Bong Joon Ho en 2017, en revanche d’aucuns ne contestent une nouvelle fois la maestria du mexicain. Revenu à des enjeux intimistes et personnels, le metteur en scène de Gravity signe un récit familial touchant marqué par sa maîtrise ostentatoire des plans séquences. Si sa volonté de se montrer un peu plus à chaque plan peut agacer, il faut dénoter en revanche un sens esthétique indéniable sublimé par la photographie.

Film d’Alfonso Cuaron avec Yalitzia Aparicio, Marina de Tavira, Nancy Garcia

 

Pentagon Papers :

A l’heure où l’on reproche la perte d’indépendance à la presse, le dernier film de Steven Spielberg fut une bouffée d’oxygène. Traitant d’un des plus gros scandales de l’Histoire américaine, Pentagon papers n’a de cesse de militer pour une certaine idée de la liberté d’expression quitte à ce que Tom Hanks fasse voler en éclat l’unité nationale. Elégant et classique sur sa forme, le long métrage n’hésite pas pourtant à appuyer là où cela fait mal.

Film de Steven Spielberg avec Tom Hanks, Meryl Streep, Sarah Paulson

 

Mention spéciale

 Spider-Man : new generation :

On aurait pu citer pour cette distinction Avengers Infnity War ou les Indestructibles 2, deux autres films de super-héros et autres réussites du cinéma populaire. Mais Spider-Man new generation a eu le mérite de faire efficacement du neuf avec du vieux tout en conservant l’œil malicieux qu’avait utilisé Sam Raimi lorsqu’il œuvrait sur le personnage. Si le succès au box-office n’a pas été au rendez-vous pour ce bijou du cinéma d’animation, ses auteurs n’auront en revanche pas à rougir devant Bruce Timm et Paul Dini quand ses derniers s’attachaient aux aventures des héros de la maison concurrente.

Film d’animation de Bob Persichetti et Peter Ramsey

Et en route vers de nouvelles aventures cette année avec pour le premier semestre Glass, The mule, les retours de James Gray et Bong Joon Ho ou encore Avengers Endgame.

 

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre