L’assassinat de Clemenceau, les oubliettes de l’histoire

Un évènement oublié

Le 19 février 1919, un homme tire dix balles sur la voiture de Clemenceau. S’il ne fait que blesser le Tigre, auréolé de la victoire obtenue contre l’Allemagne l’année précédente, l’évènement a un retentissement considérable à l’époque et complètement oublié aujourd’hui. Jean-Yves Le Naour, auteur de synthèses remarquables sur la Première guerre mondiale, a choisi ici d’adopter le profil de l’enquêteur pour nous raconter cette histoire.

Un assassin improbable

Qui a donc tiré sur Clemenceau ? Il s’agit d’un jeune homme, Emile Cottin, qui n’a pu se battre sur le front à cause d’une maladie de cœur et qui est devenu anarchiste. Contrairement aux soupçons de la presse de droite et d’extrême-droite (relire Léon Daudet fait sourire), il n’y a pas eu de complots, Cottin a agi seul. L’émoi est cependant considérable. Clemenceau voit arriver à son domicile rue Franklin Bouillon les sommités de la République, dont Poincaré qui le déteste. Il s’en amuse avec sa verve coutumière surtout devant le télégramme du pape :

 

« Clemenceau a la surprise de recevoir un mot du pape Benoît XVI. « Il ne manquait plus que cela », marmonne le vieillard qui recommande de répondre au souverain pontife « que je le remercie et que je lui envoie moi aussi ma bénédiction. »

Pendant ce temps, Cottin passe devant la justice militaire et malgré les efforts de son avocat Oscar Bloch, est condamné à mort.

 

Récupérations

Clemenceau est longtemps passé pour un abolitionniste. Au même moment, l’assassin de Jaurès, Raoul Villain, est acquitté de façon scandaleuse. Le Tigre, qui gardera pour le reste de sa vie une balle tiré par Cottin près des poumons, le fait gracier par Poincaré. Cottin l’anarchiste écope de dix ans de prison et devient une cause pour le parti communiste naissant, qui fera campagne pour sa libération. Cottin sortira en 1924 et aura une vie anonyme qu’il conclura par un engagement dans les brigades internationales en Espagne où il mourra en 1936. Voici une étonnante histoire que Jean-Yves Le Naour nous raconte avec clarté et précision.

 

 

Sylvain Bonnet

Jean-Yves Le Naour, L’assassinat de Clemenceau, Perrin, février 2019, 166 pages, 17 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.