Le dernier des Condé, dans la tourmente de l’histoire

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Ecrivain et historien

On connait Emmanuel Maury comme auteur d’essais, de romans, de nouvelles et de recueils de poèmes. Il a publié notamment La République à refaire (Editions Michalon, 1999), primé par l’Institut de France, et la première anthologie de la poésie européenne (Petite anthologie de la poésie européenne, Editions Singulières, 2008), qui a eu l’honneur d’être préfacée par Marc Fumaroli, de l’Académie française. Il se penche ici sur la figure singulière du duc Louis de Bourbon, dernier de la lignée des Condé mort en 1830, quasiment inconnu du grand public.

 

Dans la tourmente de l’histoire

« Il en est de certaines vies comme d’une loterie, certaines ont des allures de diagonale du fou et l’on en finit pas de les voir s’abîmer. » ces lignes de la préface d’Emmanuel de Waresquiel vont bien à ce personnage méconnu. Descendant du Grand Condé, il est le fils d’un militaire qui connaît la gloire des champs de bataille. Louis grandit dans une atmosphère ouatée et mène une vie de futur prince du sang. Adolescent, il tombe fou amoureux de sa cousine Bathilde d’Orléans et l’épouse. Mais la jeunesse des deux époux les empêche de consommer le mariage. Qu’importe, Louis l’enlève pour l’aimer. C’est beau mais ça ne dure pas : le jeune prince batifole avec des danseuses et des comédiennes, oublie sa jeune épouse qui lui donne un fils, le jeune duc d’Enghien. La Révolution bouleverse la vie des Condé qui émigrent après la prise de la Bastille. Ils organisent une petite armée et veulent se joindre aux alliés qui attaquent la France. Ceux-ci ne les prennent cependant pas au sérieux… Au plus, ils ne seront que des supplétifs. Le duc fait son devoir et se montre courageux, honnête. Lors de combats, il sauve même des soldats de l’armée française révolutionnaire et les fait soigner. Il est le chevalier d’une cause perdue…

 

Mélancolie

Louis n’en a cure. Il finit par partir à Londres où il fréquente la haute société et reprend sa vie de séducteur. Tout s’arrête cependant quand son fils est exécuté sur ordre de Bonaparte en 1804. Ce deuil d’un père est aussi celui d’une lignée qui prendra fin avec lui. S’il a eu des filles naturelles, elles ne peuvent reprendre le flambeau des Condé. Avec la Restauration, il retrouve sa fortune et son rang. Son héritage est très convoité par les Orléans qui réussissent via une intrigue de Talleyrand avec la maîtresse du duc (ce diable d’homme, responsable de la mort du duc d’Enghien) à lui faire signer un testament qui fait du petit duc D’Aumale son légataire. Et le voilà mort dans des circonstances plus que mystérieuses, en août 1830. Que reste-t-il du dernier des Condé ? Une trace, persistante, que ce soit à Saint Leu ou à l’hôtel de Lassay, que cette biographie pleine d’empathie essaie de reconstituer avec talent.

 

 

Sylvain Bonnet

Emmanuel Maury, Le dernier des Condé, préface d’Emmanuel de Waresquiel, Tallandier, janvier 2019, pages, 22, 50 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.