Ralph 2.0

Ralph 2.0

 

Le bug, la brute et les princesses

 

Héros vidéo-ludiques issus des bornes d’arcade, Ralph et Vanellope commencent à se lasser de leur quotidien monotone. En voulant briser la routine de Vanellope, Ralph va déclencher comme à son habitude une série de catastrophes entraînant la fermeture imminente du jeu de Vanellope. Pour se sortir de cette situation embarrassante, les deux amis vont se mettre en quête d’une pièce de rechange uniquement trouvable sur internet. Le début d’une nouvelle aventure dans un monde vaste et inconnu…

Plus de six ans après un premier opus décevant, les héros de Rich Moore reviennent sur grand écran à la conquête d’internet. Si la technique n’était point à remettre en question sur l’épisode des Mondes de Ralph, le scénario en revanche laissait à désirer de même que les gags vite redondants, passé l’effet de surprise de départ. Pourtant, l’univers imaginé par le studio, marqué par la nostalgie d’une culture populaire d’un autre âge avait  de quoi séduire sur le papier. Les récents succès de la série Stranger Things ou de Ready Player One de Steven Spielberg ont prouvé qu’un large public éprouve un amour prononcé pour le rétro, les eighties et les prémices du mouvement geek.

Si les Mondes de Ralph surfait essentiellement sur cette vague et ce maladroitement, Ralph 2.0 lui va transformer au fil des minutes ce premier essai douloureux en introspection à la fois d’un courant mais également d’un for intérieur créatif que l’on dit à bout de souffle. Au-delà d’une première morale simpliste, Rich Moore va apposer une autre réflexion certes évidente mais relativement fine.

En transposant ses protagonistes dans le monde d’internet, Moore va non seulement trouver un terrain de jeu vaste et spectaculaire mais également balayer le vent de nostalgie pour propulser Ralph et Vanellope dans une société où tout va plus toujours plus vite, au rythme des modes volatiles, via le prisme d’une dimension parallèle si intangible et pourtant si présente.

Sa vision d’internet est d’ailleurs bluffante tant l’immersion s’avère crédible, ne rougissant point face aux travaux récents d’un Blade Runner 2049 ou d’un Ghost In the Shell live.

C’est dans ce théâtre de bruit et de fureur que vont deux héros vont s’élancer pour une course contre la montre menée tambour battant avec sa dose sempiternelle d’humour. Mais sur ce point, Moore ne commet point l’erreur cette fois d’éventer ses meilleurs artifices et déconstruit petit à petit l’image même du studio, avec en point d’orgue une scène forte bien troussée comprenant certains des personnages phares de Disney .

En outre au bout des pérégrinations des personnages, le film s’interroge sur la perception égocentrique d’une société où chacun s’essaie d’exister parmi le désordre de quelques lignes de code. Si la réflexion a déjà été maintes fois posé et si elle peut paraître ici un poil prétentieuse ou putassière, elle a le mérite de vouloir changer l’image reflétée par ses producteurs. Au milieu de la dose convenue de sentimentalisme survient donc une pointe d’ironie tout à fait bienvenue.

Produit d’une efficacité à toute épreuve Ralph 2.0 ne révolutionnera certes pas le monde de l’animation comme l’avait fait les Indestructibles par exemple. Pourtant, la remise en question de son auteur après une première tentative décevante a permis ici d’accoucher à défaut d’une œuvre brillante, d’une savoureuse friandise qui ne laissera point indifférent.

 

Film d’animation de Rich Moore et Phil Johnston avec les voix de John C. Reilly, Sarah Silverman, Gal Gadot. Durée 1h53. Sortie le 19 février 2019.

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre